Levez-vous, vos cris et vos larmes ne serviront à rien !

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Photo : MAJ

La veuve d’Abisay Cruz genou au sol, lors de la manifestation du 07 avril 2025.

Comment l’image d’une personne peut tomber au fond d’une mémoire et s’accrocher tout ce temps pour surgir à nouveau en guise d’obtenir une vie, une voix qui lui a été confisquée sans droit. 

Le 7 avril 2025 en après-midi, à l’angle de la 47e Rue et du boulevard Pie-IX, dans le quartier Saint-Michel à Montréal, j’ai croisé la veuve d’Abisay Cruz. Elle se trouvait en tête d’une manifestation organisée à la mémoire de son mari décédé quelques jours plus tôt.

Selon les circonstances rapportées, il aurait perdu la vie lors d’une intervention policière impliquant des agents du Service de Police de la Ville de Montréal, le SPVM. Un agent aurait maintenu son genou de manière prolongée et excessive sur le dos d’Abisay Cruz, un geste qui lui a été fatal.

Je l’ai suivie de près la veuve de Abisay Cruz, presque talonné. Nous avons marché côte à côte jusqu’à la 40e Rue, au milieu d’une foule qui réclamait à voix haute justice pour Abisay Cruz. Elle ne semblait pas consciente de la foule qui l’entourait et encore moins de ma présence. Elle clamait la mort injuste de son mari, répétant avec insistance que c’était la police qui avait tué son mari et tué également le père de son fils. Ses mots se bousculaient, se répétaient, se perdaient. On aurait cru qu’elle pleurait deux morts. Mais il n’y en avait qu’un seul. Un homme. Son mari et le père de son enfant.

À l’angle de la 40e Rue et du boulevard Pie-IX, elle ralentit le pas jusqu’à un arrêt total. Ce n’était pas l’essoufflement qui l’a clouée sur place, mais plutôt la scène devant elle : le poste de quartier 30 du SPVM, là où le policier impliqué directement dans la mort de son mari travaillait. Le poste se dressait devant elle, ceinturé par une escouade anti-émeute. Casques brillants, boucliers alignés comme une muraille métallique, et le bourdonnement des radios créaient une tension palpable donnant à la rue un air de champs de tension prêt à éclater. Dans cette atmosphère survoltée, la routine urbaine soudain s’est figée dans le temps et l’espace.

Ce n’était pas la première fois que je participais à un tel cortège, mais cette fois, la veuve d’Abisay Cruz dégageait quelque chose de particulier. Peut-être, l’intensité de sa douleur était trop forte, au point de me briser le cœur. Je remarquai que sa voix irritée commençait à la quitter peu à peu. Déterminée, elle avança quelques pas vers les policiers, comme pour leur demander s’ils voulaient bien lui tirer une balle, parce qu’elle n’éprouvait plus le désir de continuer à vivre.

Je me souviens de l’avoir retenue par le bras, de l’avoir fait reculer. Je sentais en elle cette impulsion prête à se jeter bras ouverts contre cette muraille de policiers, prête à rejoindre son mari, les pieds joints, comme pour franchir le monde d’un seul élan.

Cette scène nous ramène le goût amer de l’injustice qui nous monte à la gorge, un goût qui nous étouffe et nous vide de toute substance. Aurait-il été possible d’épargner la vie d’Abisay Cruz ? Ayant observé pendant des décennies la violence policière au Québec, je n’ai aucun doute : oui.

Et pourtant, une fois de plus, la justice n’a pas parlé. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales s’est prononcé le 03 mars 2026 : il ne déposera aucune accusation contre les policiers soupçonnés d’avoir usé une force excessive lors de son arrestation. Cette absence de responsabilité ne surprend pas. Trop souvent, l’impunité prévaut là où la protection et la justice devraient être.

Abisay Cruz n’est pas qu’un nom dans un dossier : maintenant, il symbolise un système qui échoue à protéger les plus vulnérables. Tant que ces injustices resteront ignorées, notre société continuera de porter le poids de ce silence.

Cet après-midi du 07 avril 2025, le vent mordait encore les joues. Au milieu de la 40e Rue et le boulevard Pie-IX, la veuve d’Abisay Cruz a fini par poser un genou sur l’asphalte, ses mains crispées autour d’un haut-parleur. Sa voix tremblante se transformait presqu’en hurlement, en cri déchirant :  « Justice pour Abisay! Justice pour Abisay ! SVP, justice pour Abisay…! »

Autour d’elle, la foule reprenait en chœur : « Justice pour Abisay!… »

Je me suis mis à sa hauteur, appareil photo à la main, comme on s’incline devant une tragédie, prêt à capter cet instant de souffrance, suspendue, presque sacrée, crucifiée sous mes yeux.


En me redressant, je lui adressai d’une voix ferme, étrangère à la détresse ambiante : « Levez-vous, madame… vos cris et vos larmes ne serviront à rien! »

Cette photo que je venais de prendre est devenue la mienne. Elle m’a inspiré aussi le titre d’un premier livre que le Mouvement Action Justice lancera les prochains jours : L’Odyssée des injustices au Québec. Un recueil de faits vécus qui paraîtra le 20 avril 2026. Ce moment de douleur déchirante avec la veuve d’Abisay Cruz figé dans l’image témoigne de l’intensité d’une injustice, mais aussi de la nécessité de la raconter.

Hadj Zitouni

Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits 

16 avril 2026.

L’État québécois sous le feu d’une insulte

Note au journal Le Devoir :

Mouvement Action Justice perçoit comme restrictives et préoccupantes les décisions éditoriales négatives à propos de la publication des articles signées par Hadj Zitouni. Malgré l’intérêt public des articles soumis à votre journal, et les refus successifs de les publier, nous poursuivrons nos communications sur les réseaux sociaux. Notre participation au débat public continue avec détermination, constance et conviction.

L’équipe de Mouvement Action Justice

Cracher des grossièretés à l’endroit d’une policière qui ne faisait que son travail constitue une aberration et peut également relever d’une infraction criminelle. Le caractère des propos intimidants visait à entraver l’exercice de ses fonctions.

Il est donc inexact de prétendre qu’aucune poursuite ne pourrait être engagée contre cette personne, dont l’attitude semble motivée par une hostilité marquée envers les policiers.

L’outrecuidance de cet individu l’a conduit à divulguer un élément de preuve accablant contre lui-même. Insulter un policier dans l’exercice de ses fonctions n’est pas un phénomène nouveau. Il arrive que certains policiers abusent de leur autorité au point de pousser des contrevenants à réagir de manière excessive. Je ne dis pas que c’est la meilleure chose à faire, mais ce genre de dérapage peut survenir.

Dans le cadre de mon travail, je rencontre régulièrement des personnes qui affirment avoir été victimes d’abus policiers. Dans bien des cas, lorsque des interventions policières semblent abusives, les personnes visées se retrouvent elles-mêmes accusées, en vertu des articles 129 et 139 du Code criminel, pour entrave ou résistance.

Faute de preuves immédiates pour contester la version policière, ces victimes sont fréquemment contraintes d’entreprendre des démarches judiciaires longues et complexes pour se défendre contre des accusations qu’elles jugent injustifiées.

Cette réalité met en lumière un déséquilibre préoccupant entre les citoyens et les forces de l’ordre. Elle soulève aussi des questions quant à l’accès réel à la justice et à la protection des droits, en particulier pour les personnes se trouvant dans une situation vulnérable.

Il est compréhensible que l’administration de l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante, ait fait preuve de prudence face aux demandes de M. Dagher, directeur du Service de police de la Ville de Montréal, ainsi que de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, visant à adopter un règlement interdisant aux citoyens d’insulter les policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Une telle mesure, bien qu’elle puisse sembler légitime pour protéger les policiers, risque d’aggraver la situation plutôt que de l’améliorer. Interdire les insultes repose sur une notion floue et subjective, difficile à définir juridiquement. Cela ouvre la porte à des interprétations arbitraires et à des abus potentiels.

Dans ce contexte, des policiers pourraient accuser des citoyens sur la base de perceptions personnelles, ce qui créerait un déséquilibre important entre l’autorité policière et les droits des individus. Une telle dynamique risquerait d’éroder la confiance du public envers la police.

La liberté d’expression, protégée par les chartes, inclut le droit de critiquer les institutions et leurs représentants. Restreindre ce droit pourrait entraîner des dérives et une judiciarisation de comportements qui ne constituent pas une réelle menace à l’ordre public.

La prudence de l’administration municipale apparaît justifiée : plutôt que d’adopter un règlement aux contours incertains, il est préférable de privilégier des mesures équilibrées qui protègent à la fois les policiers et les droits fondamentaux des citoyens. La nouvelle mairesse a pris la même réflexion que sa précédente en déclarant, qu’il est trop tôt pour déterminer si Montréal a besoin d’un règlement pour empêcher les insultes contre les policiers.   

Maintenant, que l’Assemblée nationale exprime son indignation face aux propos visant cette jeune policière est légitime. Suggérer, même à demi-mot, qu’une communauté entière soit mise en cause en raison du prénom du forcené franchit une ligne dangereuse.

Plus préoccupant encore : la récupération et l’instrumentalisation de ces propos, notamment la misogynie et la question du caractère culturel, par l’État à des fins politiques. Une telle dérive interroge le respect du principe d’impartialité et révèle un malaise profond dans le fonctionnement de notre démocratie.

Hadj Zitouni

Président du Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits

Montréal, 02 avril 2026

Une manifestation annuelle au profit de la sécurité publique.

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La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars est née d’un ras-le-bol de l’abus policier. Elle a toutes les justifications valables d’être là avec sa 29e année d’existence. Une longévité exceptionnelle qui n’est pas prête à s’éteindre aussi longtemps que le phénomène dégradant et inhumain de la brutalité policière ne disparaisse de notre vie quotidienne.   

Heureusement, la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte des droits et libertés de la personne garantissent à ces manifestants le droit de manifester leurs désaccords. Cette démonstration saine de l’émotion collective est la forme la plus authentique de la liberté d’expression. Il incombe à l’État le soin d’être attentif à la voix des citoyens, l’accueillir et l’admettre dans le politiquement correct qui ne peut avoir de but que celui de remettre l’abus policier en question et d’aller vers une paix sociale durable. C’est toute la beauté d’une société civilisée en marche qui se dessine dans cet horizon. 

Dans la foulée des manifestations qui ont sillonné l’histoire de l’homme, la manifestation annuelle contre la brutalité policière s’insère dans la colonne du temps en petit feu qui refuse de s’éteindre aussi longtemps que les excès des forces de l’ordre continuent de faire des victimes innocentes. Chaque année, les stratèges et les déploiements des renforts policiers se poursuivent avec des arsenaux abortifs, quasi impressionnants, réservés exclusivement à cette marche, ne cessent au fils du temps de se renforcer et de tenter à décourager le plus grand nombre possible de citoyens à ne pas se joindre à cette éclosion. À l’évidence on craint que ces éclosions en étincelles enflamment les esprits, les allument et les éclairent sur un autre chemin de vérité.   

Les manifestants fidèles à la marche annuelle contre la brutalité policière sont dans la plupart des citoyennes et citoyens qui rêvent de vivre dans une société exclue de tout abus policier. Ils dénoncent la répression policière et au-dessus de tout, l’impunité à l’égard des agents de l’autorité. C’est un fait incontestable, preuve à l’appui. Il reste indigne de voir des policiers qui enfreignent les lois et puissent bénéficier d’impunités arbitraires, orchestrées par la justice de l’État.  

À Montréal, comme ailleurs, la journée internationale contre la brutalité policière est purement au service des citoyens. Elle ne vise non seulement à dénoncer la brutalité et l’impunité policière, elle s’affiche, prime abord, en rappel annuel, une balise dans le chemin des forces de l’ordre à ne pas transgresser leur propre code déontologique et les lois existantes. Toutefois, malgré la faible prise de conscience de nos politiciens à ce sujet, si tous les citoyens se rendent compte de la valeur ajoutée de cette contribution citoyenne, ils vont se rallier par milliers aux rangs de ces manifestants. Appelant là, une solidarité sociale préventive parce que, l’excès de l’abus policier ne cessera pas du jour au lendemain de faire des victimes innocentes dans notre société. 

Il faut admettre que lors des deux dernières décennies, la marche annuelle contre la brutalité policière qu’on essaye de diaboliser a fait reculer la répression policière d’une manière significative. Parmi les services d’aide offerts aux citoyens, l’organisme Mouvement Action Justice (MAJ) assiste tous les jours des plaignants victimes de brutalité policière.  MAJ peut confirmer que l’abus policier cogne encore plus dur sur les personnes vulnérables, innocentes, sans distinction d’âge ou de l’état de santé de la personne. Tout ça arrive à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit, d’une manière inattendue, toujours insoupçonnée lors qu’il s’agit d’une première fois. Manifestement, si nul n’est à l’abris de l’abus policier, les citoyens vulnérables demeurent des proies beaucoup plus faciles une fois entre les mains de celui-ci.    

Lors de ces manifestations annuelles contre la brutalité policière, il reste déplorable de constater l’absence du rôle des médias traditionnels qui se limitent pratiquement à cristalliser dans la une des journaux une vitrine fracassée d’un commerce ou se focaliser sur une poubelle mise à feu sur la voie publique par un ou deux manifestants déchaînés. Voilà qui fait le bonheur des policiers qui fliquent les manifestants à l’œil sophistiqué, s’ils ne sont pas eux-mêmes derrière la mise à feu de la mèche explosive ou la détonation d’une vitrine en éclat. Généralement, l’un de ces deux évènements si ce n’est pas les deux ensembles servent en mot d’ordre policier à resserrer l’étau sur la manifestation et lui mettre fin, parfois à l’aube de ses premiers pas.

N’est-il pas vrai que le rôle premier des médias dans un tel évènement est celui d’interroger les victimes de la brutalité policière et l’impact qu’elle a laissé sur elles? Faire sortir le ministre de la sécurité publique de son mutisme et le faire parler? Le public veut l’entendre ce Ministre de la sécurité publique au Québec. Il est fort de constater que notre Ministre est mis sur un terrain qui lui est totalement inconnu. Il semble être frappé le pauvre Ministre de la sécurité publique par une surdité effrayante à ne pas entendre les gémissements et les sanglots étouffés des victimes de la violence policière.  

Pourquoi n’ouvre-il pas un débat sur une possible réforme de la déontologie policière: un processus inéquitable et malsain où les victimes de l’abus policier servent en formation sur mesures à tous les policiers du Québec qui faillent non seulement à leur code déontologique, mais aux lois qu’ils sont supposés de faire respecter. Cependant, au bout de ce recours au Commissaire à la déontologie policière, les plaignants-victimes de l’abus policier n’obtiennent ni réparation, ni justice, sinon une profonde humiliation aggravante.

Alors que les militants en défense des droits multiplient les demandes de rencontrer le Ministre de la sécurité publique, celui-ci continue à faire la sourde oreille en déclinant toute demande, même à répétition. 

Encore, n’est-il pas aussi important d’inviter les manifestants, les organisateurs de cette manifestation sur les plateaux de télévision, leur tendre le micro des stations radio et les entendre dans un climat sain, libre de toutes contraintes, non encerclé par les forces de l’ordre prêtes à les coffrer à tout moment.  

La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars fait réfléchir celles et ceux qui aspirent au respect de la dignité humaine et d’autres qui veulent construire une société où les agents de l’ordre font partie d’équation susceptible d’assurer la sécurité de toutes les citoyennes et citoyens sans exception aucune à l’égard des interventions policières qu’elles soient justifiées ou non.  Ainsi, nous pouvons espérer combler une paix sociale chère au commun des mortels.