Est-ce la fin de la sécurité publique au Québec?

Le choix d’avoir désormais un ministère de la Sécurité intérieure est loin d’être anodin.

Publié le 24 avril

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La première ministre Christine Fréchette et le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, lors de la cérémonie d’assermentation du Conseil des ministres du Québec, le 21 avril

« La sécurité est produite par la réparation des liens sociaux plutôt que par l’imposition d’une autorité. » – Howard Zehr

La nomination de Christine Fréchette à la tête du gouvernement du Québec marque un tournant politique important. En confiant à Ian Lafrenière, ministre de la Sécurité publique, le rôle de vice-premier ministre, Mme Christine Fréchette envoie toutefois un signal ambigu sur sa propre autorité politique. Ce choix soulève une question centrale : celle de la solidité du leadership et du capital charismatique nécessaires pour incarner pleinement la fonction de première ministre.

Il faut rappeler que Christine Fréchette devient la deuxième femme, après Pauline Marois (2012-2014), à occuper cette fonction dans l’histoire du Québec. Une avancée symbolique, certes, mais qui s’accompagne d’attentes élevées en matière de leadership politique, particulièrement dans un contexte où la personnalisation du pouvoir reste déterminante.

L’histoire politique offre pourtant des modèles contrastés. Margaret Thatcher, surnommée la « Dame de fer », a incarné un leadership affirmé, structuré autour d’une vision idéologique forte et d’une capacité à imposer son autorité au sein même de son gouvernement. Angela Merkel a privilégié un style plus discret, fondé sur la stabilité et la maîtrise des équilibres politiques. Dans les deux cas, leur autorité n’a jamais semblé dépendre d’un vice-chef de gouvernement jouant un rôle d’appoint ou de contrepoids politique.

Dans ce contexte, la place accordée à Ian Lafrenière interroge. Dans la foulée de sa nomination officielle comme vice-premier ministre, celui-ci a procédé à un changement symbolique en renommant son ministère de la Sécurité publique en ministère de la Sécurité intérieure. Cette modification, loin d’être anodine, traduit une volonté de repositionnement sémantique et politique, où le terme « public » disparaît au profit d’une logique plus centrée sur l’appareil étatique lui-même.

La première ministre a entériné cette décision dans le cadre du remaniement du 21 avril 2026, sans qu’un véritable débat public semble avoir été engagé sur sa portée. Ce type de transformation soulève une question de fond : jusqu’où les changements symboliques dans l’appareil gouvernemental reflètent-ils une vision politique cohérente, plutôt qu’un simple ajustement administratif ?

Historiquement, le ministère de la Sécurité publique s’inscrit dans la continuité des réformes institutionnelles amorcées dans les années 1980, lui-même héritier de l’ancien ministère du Solliciteur général du Québec. Cette évolution s’inscrivait alors dans la modernisation de l’État québécois issue de la Révolution tranquille, période charnière où les institutions publiques ont été profondément redéfinies.

Aujourd’hui, au-delà des changements de titres et des réorganisations ministérielles, c’est la question du leadership politique qui demeure centrale : un gouvernement se mesure-t-il à la solidité de son chef ou à l’équilibre des figures qui gravitent autour de lui ?

Le nom du ministère de la Sécurité publique du Québec, choisi sous Robert Bourassa, reflète une vision large de la sécurité. Il ne s’agit pas seulement de faire appliquer les lois, mais d’assurer la protection et le bien-être global de la population.

Ce texte fait partie de la section Opinion du journal Le Devoir, qui favorise une pluralité des voix et des idées en accueillant autant les analyses et commentaires de ses lecteurs que ceux de penseurs et experts d’ici et d’ailleurs.  opinion@ledevoir.comCourrier des idées.

HADJ ZITOUNI

_____________________________________________________________________________

L’auteur est président du Mouvement Action Justice.

Publié le 24 avril

Levez-vous, vos cris et vos larmes ne serviront à rien !

MouvementActionJustice_Levez-vous-vos-cris-et-vos-larmes-ne-serviront-à-rien

Photo : MAJ

La veuve d’Abisay Cruz genou au sol, lors de la manifestation du 07 avril 2025.

Comment l’image d’une personne peut tomber au fond d’une mémoire et s’accrocher tout ce temps pour surgir à nouveau en guise d’obtenir une vie, une voix qui lui a été confisquée sans droit. 

Le 7 avril 2025 en après-midi, à l’angle de la 47e Rue et du boulevard Pie-IX, dans le quartier Saint-Michel à Montréal, j’ai croisé la veuve d’Abisay Cruz. Elle se trouvait en tête d’une manifestation organisée à la mémoire de son mari décédé quelques jours plus tôt.

Selon les circonstances rapportées, il aurait perdu la vie lors d’une intervention policière impliquant des agents du Service de Police de la Ville de Montréal, le SPVM. Un agent aurait maintenu son genou de manière prolongée et excessive sur le dos d’Abisay Cruz, un geste qui lui a été fatal.

Je l’ai suivie de près la veuve de Abisay Cruz, presque talonné. Nous avons marché côte à côte jusqu’à la 40e Rue, au milieu d’une foule qui réclamait à voix haute justice pour Abisay Cruz. Elle ne semblait pas consciente de la foule qui l’entourait et encore moins de ma présence. Elle clamait la mort injuste de son mari, répétant avec insistance que c’était la police qui avait tué son mari et tué également le père de son fils. Ses mots se bousculaient, se répétaient, se perdaient. On aurait cru qu’elle pleurait deux morts. Mais il n’y en avait qu’un seul. Un homme. Son mari et le père de son enfant.

À l’angle de la 40e Rue et du boulevard Pie-IX, elle ralentit le pas jusqu’à un arrêt total. Ce n’était pas l’essoufflement qui l’a clouée sur place, mais plutôt la scène devant elle : le poste de quartier 30 du SPVM, là où le policier impliqué directement dans la mort de son mari travaillait. Le poste se dressait devant elle, ceinturé par une escouade anti-émeute. Casques brillants, boucliers alignés comme une muraille métallique, et le bourdonnement des radios créaient une tension palpable donnant à la rue un air de champs de tension prêt à éclater. Dans cette atmosphère survoltée, la routine urbaine soudain s’est figée dans le temps et l’espace.

Ce n’était pas la première fois que je participais à un tel cortège, mais cette fois, la veuve d’Abisay Cruz dégageait quelque chose de particulier. Peut-être, l’intensité de sa douleur était trop forte, au point de me briser le cœur. Je remarquai que sa voix irritée commençait à la quitter peu à peu. Déterminée, elle avança quelques pas vers les policiers, comme pour leur demander s’ils voulaient bien lui tirer une balle, parce qu’elle n’éprouvait plus le désir de continuer à vivre.

Je me souviens de l’avoir retenue par le bras, de l’avoir fait reculer. Je sentais en elle cette impulsion prête à se jeter bras ouverts contre cette muraille de policiers, prête à rejoindre son mari, les pieds joints, comme pour franchir le monde d’un seul élan.

Cette scène nous ramène le goût amer de l’injustice qui nous monte à la gorge, un goût qui nous étouffe et nous vide de toute substance. Aurait-il été possible d’épargner la vie d’Abisay Cruz ? Ayant observé pendant des décennies la violence policière au Québec, je n’ai aucun doute : oui.

Et pourtant, une fois de plus, la justice n’a pas parlé. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales s’est prononcé le 03 mars 2026 : il ne déposera aucune accusation contre les policiers soupçonnés d’avoir usé une force excessive lors de son arrestation. Cette absence de responsabilité ne surprend pas. Trop souvent, l’impunité prévaut là où la protection et la justice devraient être.

Abisay Cruz n’est pas qu’un nom dans un dossier : maintenant, il symbolise un système qui échoue à protéger les plus vulnérables. Tant que ces injustices resteront ignorées, notre société continuera de porter le poids de ce silence.

Cet après-midi du 07 avril 2025, le vent mordait encore les joues. Au milieu de la 40e Rue et le boulevard Pie-IX, la veuve d’Abisay Cruz a fini par poser un genou sur l’asphalte, ses mains crispées autour d’un haut-parleur. Sa voix tremblante se transformait presqu’en hurlement, en cri déchirant :  « Justice pour Abisay! Justice pour Abisay ! SVP, justice pour Abisay…! »

Autour d’elle, la foule reprenait en chœur : « Justice pour Abisay!… »

Je me suis mis à sa hauteur, appareil photo à la main, comme on s’incline devant une tragédie, prêt à capter cet instant de souffrance, suspendue, presque sacrée, crucifiée sous mes yeux.


En me redressant, je lui adressai d’une voix ferme, étrangère à la détresse ambiante : « Levez-vous, madame… vos cris et vos larmes ne serviront à rien! »

Cette photo que je venais de prendre est devenue la mienne. Elle m’a inspiré aussi le titre d’un premier livre que le Mouvement Action Justice lancera les prochains jours : L’Odyssée des injustices au Québec. Un recueil de faits vécus qui paraîtra le 20 avril 2026. Ce moment de douleur déchirante avec la veuve d’Abisay Cruz figé dans l’image témoigne de l’intensité d’une injustice, mais aussi de la nécessité de la raconter.

Hadj Zitouni

Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits 

16 avril 2026.

L’État québécois sous le feu d’une insulte

Note au journal Le Devoir :

Mouvement Action Justice perçoit comme restrictives et préoccupantes les décisions éditoriales négatives à propos de la publication des articles signées par Hadj Zitouni. Malgré l’intérêt public des articles soumis à votre journal, et les refus successifs de les publier, nous poursuivrons nos communications sur les réseaux sociaux. Notre participation au débat public continue avec détermination, constance et conviction.

L’équipe de Mouvement Action Justice

Cracher des grossièretés à l’endroit d’une policière qui ne faisait que son travail constitue une aberration et peut également relever d’une infraction criminelle. Le caractère des propos intimidants visait à entraver l’exercice de ses fonctions.

Il est donc inexact de prétendre qu’aucune poursuite ne pourrait être engagée contre cette personne, dont l’attitude semble motivée par une hostilité marquée envers les policiers.

L’outrecuidance de cet individu l’a conduit à divulguer un élément de preuve accablant contre lui-même. Insulter un policier dans l’exercice de ses fonctions n’est pas un phénomène nouveau. Il arrive que certains policiers abusent de leur autorité au point de pousser des contrevenants à réagir de manière excessive. Je ne dis pas que c’est la meilleure chose à faire, mais ce genre de dérapage peut survenir.

Dans le cadre de mon travail, je rencontre régulièrement des personnes qui affirment avoir été victimes d’abus policiers. Dans bien des cas, lorsque des interventions policières semblent abusives, les personnes visées se retrouvent elles-mêmes accusées, en vertu des articles 129 et 139 du Code criminel, pour entrave ou résistance.

Faute de preuves immédiates pour contester la version policière, ces victimes sont fréquemment contraintes d’entreprendre des démarches judiciaires longues et complexes pour se défendre contre des accusations qu’elles jugent injustifiées.

Cette réalité met en lumière un déséquilibre préoccupant entre les citoyens et les forces de l’ordre. Elle soulève aussi des questions quant à l’accès réel à la justice et à la protection des droits, en particulier pour les personnes se trouvant dans une situation vulnérable.

Il est compréhensible que l’administration de l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante, ait fait preuve de prudence face aux demandes de M. Dagher, directeur du Service de police de la Ville de Montréal, ainsi que de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, visant à adopter un règlement interdisant aux citoyens d’insulter les policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Une telle mesure, bien qu’elle puisse sembler légitime pour protéger les policiers, risque d’aggraver la situation plutôt que de l’améliorer. Interdire les insultes repose sur une notion floue et subjective, difficile à définir juridiquement. Cela ouvre la porte à des interprétations arbitraires et à des abus potentiels.

Dans ce contexte, des policiers pourraient accuser des citoyens sur la base de perceptions personnelles, ce qui créerait un déséquilibre important entre l’autorité policière et les droits des individus. Une telle dynamique risquerait d’éroder la confiance du public envers la police.

La liberté d’expression, protégée par les chartes, inclut le droit de critiquer les institutions et leurs représentants. Restreindre ce droit pourrait entraîner des dérives et une judiciarisation de comportements qui ne constituent pas une réelle menace à l’ordre public.

La prudence de l’administration municipale apparaît justifiée : plutôt que d’adopter un règlement aux contours incertains, il est préférable de privilégier des mesures équilibrées qui protègent à la fois les policiers et les droits fondamentaux des citoyens. La nouvelle mairesse a pris la même réflexion que sa précédente en déclarant, qu’il est trop tôt pour déterminer si Montréal a besoin d’un règlement pour empêcher les insultes contre les policiers.   

Maintenant, que l’Assemblée nationale exprime son indignation face aux propos visant cette jeune policière est légitime. Suggérer, même à demi-mot, qu’une communauté entière soit mise en cause en raison du prénom du forcené franchit une ligne dangereuse.

Plus préoccupant encore : la récupération et l’instrumentalisation de ces propos, notamment la misogynie et la question du caractère culturel, par l’État à des fins politiques. Une telle dérive interroge le respect du principe d’impartialité et révèle un malaise profond dans le fonctionnement de notre démocratie.

Hadj Zitouni

Président du Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits

Montréal, 02 avril 2026

La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

MouvementActionJustice_LaPresseLogo Extrait-de-l’article-paru-dans-le-journal

La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

On ne peut pas tuer des enfants parce qu’ils ont un look auquel on n’est pas habitué

« Je suis le père d’un enfant de l’âge de Nooran et je me suis mis à la place de la famille. C’est bouleversant », renchérit Hadj Zitouni, directeur général du Mouvement action justice. Il participe à cette manifestation annuelle depuis 20 ans, souligne-t-il.

À son avis, la classe politique québécoise doit mettre fin à l’« impunité policière ». M. Zitouni estime que les agents fautifs ne subissent pas de conséquences pour leurs actions. Il parle de la mort de Nooran Rezayi comme une « ligne qui a été franchie », un acte de violence contre un adolescent qui « n’était pas menaçant pour lui, ses amis ou les policiers ».

MouvementActionJustice_PhotoDenisGermain

PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Pour Hadj Zitouni, l’impunité policière est le cœur du problème.

Manifestation contre la brutalité policière

Devant les Bureaux des Enquêtes Indépendantes (BEI)

Longueuil

15 mars 2026

Une manifestation annuelle au profit de la sécurité publique.

Une_Manifestation_Annuelle_Au_Profit_De_la_Sécurité_Publique_Mouvement_Action_Justice_Brutalité_Policière

La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars est née d’un ras-le-bol de l’abus policier. Elle a toutes les justifications valables d’être là avec sa 29e année d’existence. Une longévité exceptionnelle qui n’est pas prête à s’éteindre aussi longtemps que le phénomène dégradant et inhumain de la brutalité policière ne disparaisse de notre vie quotidienne.   

Heureusement, la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte des droits et libertés de la personne garantissent à ces manifestants le droit de manifester leurs désaccords. Cette démonstration saine de l’émotion collective est la forme la plus authentique de la liberté d’expression. Il incombe à l’État le soin d’être attentif à la voix des citoyens, l’accueillir et l’admettre dans le politiquement correct qui ne peut avoir de but que celui de remettre l’abus policier en question et d’aller vers une paix sociale durable. C’est toute la beauté d’une société civilisée en marche qui se dessine dans cet horizon. 

Dans la foulée des manifestations qui ont sillonné l’histoire de l’homme, la manifestation annuelle contre la brutalité policière s’insère dans la colonne du temps en petit feu qui refuse de s’éteindre aussi longtemps que les excès des forces de l’ordre continuent de faire des victimes innocentes. Chaque année, les stratèges et les déploiements des renforts policiers se poursuivent avec des arsenaux abortifs, quasi impressionnants, réservés exclusivement à cette marche, ne cessent au fils du temps de se renforcer et de tenter à décourager le plus grand nombre possible de citoyens à ne pas se joindre à cette éclosion. À l’évidence on craint que ces éclosions en étincelles enflamment les esprits, les allument et les éclairent sur un autre chemin de vérité.   

Les manifestants fidèles à la marche annuelle contre la brutalité policière sont dans la plupart des citoyennes et citoyens qui rêvent de vivre dans une société exclue de tout abus policier. Ils dénoncent la répression policière et au-dessus de tout, l’impunité à l’égard des agents de l’autorité. C’est un fait incontestable, preuve à l’appui. Il reste indigne de voir des policiers qui enfreignent les lois et puissent bénéficier d’impunités arbitraires, orchestrées par la justice de l’État.  

À Montréal, comme ailleurs, la journée internationale contre la brutalité policière est purement au service des citoyens. Elle ne vise non seulement à dénoncer la brutalité et l’impunité policière, elle s’affiche, prime abord, en rappel annuel, une balise dans le chemin des forces de l’ordre à ne pas transgresser leur propre code déontologique et les lois existantes. Toutefois, malgré la faible prise de conscience de nos politiciens à ce sujet, si tous les citoyens se rendent compte de la valeur ajoutée de cette contribution citoyenne, ils vont se rallier par milliers aux rangs de ces manifestants. Appelant là, une solidarité sociale préventive parce que, l’excès de l’abus policier ne cessera pas du jour au lendemain de faire des victimes innocentes dans notre société. 

Il faut admettre que lors des deux dernières décennies, la marche annuelle contre la brutalité policière qu’on essaye de diaboliser a fait reculer la répression policière d’une manière significative. Parmi les services d’aide offerts aux citoyens, l’organisme Mouvement Action Justice (MAJ) assiste tous les jours des plaignants victimes de brutalité policière.  MAJ peut confirmer que l’abus policier cogne encore plus dur sur les personnes vulnérables, innocentes, sans distinction d’âge ou de l’état de santé de la personne. Tout ça arrive à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit, d’une manière inattendue, toujours insoupçonnée lors qu’il s’agit d’une première fois. Manifestement, si nul n’est à l’abris de l’abus policier, les citoyens vulnérables demeurent des proies beaucoup plus faciles une fois entre les mains de celui-ci.    

Lors de ces manifestations annuelles contre la brutalité policière, il reste déplorable de constater l’absence du rôle des médias traditionnels qui se limitent pratiquement à cristalliser dans la une des journaux une vitrine fracassée d’un commerce ou se focaliser sur une poubelle mise à feu sur la voie publique par un ou deux manifestants déchaînés. Voilà qui fait le bonheur des policiers qui fliquent les manifestants à l’œil sophistiqué, s’ils ne sont pas eux-mêmes derrière la mise à feu de la mèche explosive ou la détonation d’une vitrine en éclat. Généralement, l’un de ces deux évènements si ce n’est pas les deux ensembles servent en mot d’ordre policier à resserrer l’étau sur la manifestation et lui mettre fin, parfois à l’aube de ses premiers pas.

N’est-il pas vrai que le rôle premier des médias dans un tel évènement est celui d’interroger les victimes de la brutalité policière et l’impact qu’elle a laissé sur elles? Faire sortir le ministre de la sécurité publique de son mutisme et le faire parler? Le public veut l’entendre ce Ministre de la sécurité publique au Québec. Il est fort de constater que notre Ministre est mis sur un terrain qui lui est totalement inconnu. Il semble être frappé le pauvre Ministre de la sécurité publique par une surdité effrayante à ne pas entendre les gémissements et les sanglots étouffés des victimes de la violence policière.  

Pourquoi n’ouvre-il pas un débat sur une possible réforme de la déontologie policière: un processus inéquitable et malsain où les victimes de l’abus policier servent en formation sur mesures à tous les policiers du Québec qui faillent non seulement à leur code déontologique, mais aux lois qu’ils sont supposés de faire respecter. Cependant, au bout de ce recours au Commissaire à la déontologie policière, les plaignants-victimes de l’abus policier n’obtiennent ni réparation, ni justice, sinon une profonde humiliation aggravante.

Alors que les militants en défense des droits multiplient les demandes de rencontrer le Ministre de la sécurité publique, celui-ci continue à faire la sourde oreille en déclinant toute demande, même à répétition. 

Encore, n’est-il pas aussi important d’inviter les manifestants, les organisateurs de cette manifestation sur les plateaux de télévision, leur tendre le micro des stations radio et les entendre dans un climat sain, libre de toutes contraintes, non encerclé par les forces de l’ordre prêtes à les coffrer à tout moment.  

La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars fait réfléchir celles et ceux qui aspirent au respect de la dignité humaine et d’autres qui veulent construire une société où les agents de l’ordre font partie d’équation susceptible d’assurer la sécurité de toutes les citoyennes et citoyens sans exception aucune à l’égard des interventions policières qu’elles soient justifiées ou non.  Ainsi, nous pouvons espérer combler une paix sociale chère au commun des mortels. 

Valoriser l’humain, est-ce encore possible?

Valoriser l’humain, est-ce encore possible_MouvementActionJustice

Hadj Zitouni, porte-parole

Mouvement Action Justice, 

Organisme en défense des droits.

Mardi, 15 octobre 2024.

Avant de s’introduire éventuellement dans l’interrogation de mon titre, je vous partage un autre titre qui m’a incité à me lancer dans cette introspection : « Humanité et Responsabilité : les services publics face à leurs grandes missions »

D’abord, je tiens à vous rassurer que je suis nullement le concepteur de ce dernier titre. En effet, il appartient plutôt à Me Marc-André Dowd, Protecteur du citoyen. D’ailleurs, vous allez le trouver, ce brillant titre, dans la page d’ouverture Edito de son rapport annuel d’activité 2023-2024. 

À vouloir valoriser l’humain dans notre société, le Protecteur du citoyen a fait de cet en-tête un cheval de Troie galopant. Je vous rappelle que Me Marc-André Dowd fut, dans une vie antérieure, Commissaire à la déontologie policière avant d’être nommé à ce nouveau poste. Je me souviens de l’avoir rencontré à quelques reprises. Effectivement, je ne vous le cache pas, j’étais touché par la modestie et l’ouverture d’esprit de cet homme. J’avais même écrit un article sur cette rencontre qui remonte au mois de janvier 2018. À cette époque, il me faisait pitié Me Marc-André Dowd de le voir planté dans le marais de la déontologie policière. Il était voué, le pauvre Me Marc-André Dowd, à l’échec, car la déontologie policière est une embûche inextricable où les victimes de l’autorité policière sont servies délibérément, voire forcément, comme souris de laboratoires à travers des séances dites conciliatrices qui servent aux profits de formations sur mesure visant à corriger des policiers qui dérogent au code de leur déontologie. Les plaignants-victimes de l’abus policier s’attachaient au processus de la déontologie policière, une fois, deux fois, puis la rupture du lien de confiance suit en définitive sans appel aucun. Me Marc-André Dowd s’est retrouvé, se pensant privilégié comme d’autres Commissaires avant et après lui, au centre de ce laboratoire d’expérimentation abominable où les plaignants de l’abus de l’autorité policière n’ont rien de mérite que le poids de l’humiliation.     

Donc, il était chanceux Me Marc-André Dowd de se soustraire de cette tourbière inhumaine qui fait souffrir des centaines et des centaines de citoyens au Québec au nom d’un processus cruel et dégradant. 

Tout mettre en œuvre pour que la personne demeure au cœur des priorités des services publics. 

Là aussi, ce titre ne vient pas de moi. Il appartient également à Me Marc-André Dowd. D’ailleurs, il fait le bonheur de son rapport annuel d’activité. Une sorte de prise de conscience qui nous résume assez bien la vision de cet homme. 

Le Protecteur du citoyen tente encore une fois de briser le robotisme humain et humaniser les services publics. Il déclare ouvertement un déficit criant au sein de notre société. Autrement dit, Me Marc-André Dowd nous dit que si nous voulons réellement améliorer notre sort, nous devrons valoriser l’humain. Il cible tous les secteurs publics sans exception, Me Marc-André Dowd. Il le dit à haute voix dans son rapport annuel d’activité. Il le répète. Il l’ordonne. Il le suggère: valorisons l’humain avant tout.   

En lisant son rapport annuel 2023-2024, j’ai retrouvé l’homme que j’ai perdu de vue depuis quelque temps. Il voulait bousculer les choses autour de lui, Me Marc-André Dowd, mais lorsque je l’avais rencontré, il avait encore les mains liées et les pieds enfoncés dans la boue de la déontologie policière. Maintenant, Monsieur le Protecteur du citoyen, que vous n’êtes plus dans l’asservissement, nous vous invitons à prêter l’oreille aux citoyens et d’agir en forgeant des liens de confiances et tendre une main protectrice, en particulier aux plus vulnérables de notre société. J’espère que vous allez tenir le coup, debout sur la même voie jusqu’à l’extinction de votre mandat. Être Protecteur du citoyen n’est ni privilège, ni engagement aveugle, mais plutôt une prise de conscience de vouloir apporter de vrais changements. 

 Le chef du SPVM, M. Fady Dagher, a-t-il à son tour une vision?

Après la lecture du rapport annuel d’activité du Protecteur du citoyen, je me suis tourné vers des notes que j’avais prises lors de la présentation du rapport annuel et du plan stratégique 2024-2026 du directeur du Service de la police de la Ville de Montréal, Monsieur Fady Dagher.  C’était devant la Commission de la sécurité publique à l’hôtel de Ville de Montréal le 12 juin 2024. Mes notes m’ont vite rafraîchi la mémoire. M. Fady Dagher est venu avec son état-major nous présenter les grandes lignes de son rapport et de son nouveau plan stratégique. 

À un moment donner de sa présentation, M. Fady Dagher nous a cité les trois grands principes fondamentaux de sa vision d’ici 2026, je vous les cite:

  • Mettre les populations au cœur de ses actions
  • Valoriser l’humain
  • Innover pour const …..  

Alors que le chef de la SPVM continuait à nous expédier son fameux plan stratégique, je me suis brusquement détaché de son train d’expédition en me heurtant sur son deuxième bloc de vision. Le troisième bloc, j’avoue que je l’ai raté par inadvertance. Le choc était un peu dur pour moi. J’étais déstabilisé au point d’être éjecté pleinement de l’écoute. Toutefois, je le voyais M. Fady Dagher tournant les pages, tête inclinée sur une lecture soigneusement préparée et je me suis demandé s’il comprenait réellement ce qu’il lisait par moment. 

À la fin de sa présentation et l’ouverture de la période des questions, j’ai questionné M. Fady Dagher à savoir comment le SPVM avait-il attendu si longtemps, jusqu’à la présentation de son Rapport d’activité 2024, pour viser décisivement dans ce nouveau plan, soi-disant stratégique à vouloir valoriser l’humain? Juste le voir lancer ce bloc de vision sur la place publique, pour moi, c’était assez troublant! La valeur humaine a-t-elle été abondamment exclue de la vision du SPVM au point de nous le rappeler publiquement!

C’est tout un courage! Bravo M. Fady Dagher! Dénoncer ses troupes sur la place publique en amorçant un virage d’urgence vers la reconnaissance et le mérite de la valeur humaine n’est pas rien dans une société où les valeurs, jadis chères à l’humain, ne sont plus d’actualités. 

En revenant à moi après l’accident de ce fameux bloc qui m’a heurté en plein fouet, je me disais : Hélas! Les citoyennes et citoyens, non seulement de la ville de Montréal, ne méritent-ils pas cette valeur qui leurs revient par essence.

Lors de cette présentation devant la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal, je ne requérais nullement le droit à une réponse au risque de mettre le chef de la SPVM dans l’embarras de l’hypocrisie. Toutefois, je l’ai exhorté à une profonde réflexion sur le sujet. Reconnaître l’objet est une chose, mais le mettre en œuvre est une autre.  

Incontestablement, le chef du SPVM, M. Fady Dagher est un homme de terrain. Nous l’avons tous vu jeune policier affleurer les rues de Montréal en quête de rapprochement avec les habitants des quartiers. Nous l’avons entendu et souvent répéter cette maxime : Police de proximité. Ores, ce contact a-t-il fait de lui le visionnaire d’aujourd’hui ou plutôt les fautes majeures de ses troupes ont réveillé sa conscience? 

Au final, je ne peux que quitter M. Fady Dagher, directeur du Service de la police de la Ville de Montréal, le SPVM, sur une bonne note : celle d’avoir eu le courage de dénoncer publiquement ses troupes et de tenter par une vision tardive à valoriser l’humain de nouveau. Pour Me Marc-André Dowd, il lui reste encore et encore du chemin à faire. 

L’honorable Steven Guilbeault et le prix à payer pour être ministre

L'honorable Steven Guilbeault lors de sa visite à MAJ le 10 novembre 2023
L’honorable Steven Guilbeault lors de sa visite à MAJ le 10 novembre 2023

La reprise de la mission de Mouvement Action Justice (MAJ) dans ses nouveaux locaux a Fullum-Harmony fut marquée par la visite d’ouverture de l’honorable Steven Guilbeault, Ministre de l’Environnement et du changement climatique du Canada. Le Mouvement Action Justice venait tout juste de rejoindre le projet de Fullum-Harmony lorsque plusieurs organismes ont manifesté leur volonté de se rassembler sous une enseigne utilitaire afin de mieux servir la population à travers le Québec. L’atterrissage au pied de cet étendard s’est fait en douceur, sans complications majeures. Au sein de l’espace Fullum-Harmony, nous occupons dorénavant les chambres des frères du Sacré-cœur. Nous baignons encore et d’une manière étrange dans la présence mystique de l’absent.   

Acheté à vil prix par les hyènes de l’immobilier, la demeure à caractère religieux est rapidement transformée en bureaux pour des locations à long terme, salles de réunions et espaces communautaires… Toutefois, malgré ce virage amorcé en guise d’aide aux citoyens, le sanctuaire conserve encore les empreintes d’un mutisme qui pèse lourdement malgré le vrombissement des nouveaux occupants.

L’honorable Steven Guilbeault n’a pas tardé à aller à la rencontre de ces organismes à but non lucratif désormais dans sa circonscription, Laurier-Sainte-Marie, probablement dans l’optique de connaitre ces nouveaux occupants, gagner leur confiance, leurs voix. A cet effet, l’honorable Steven Guilbeault, a rendu visite à au moins deux organismes à Fullum-Harmony : le CRIC, carrefour de ressource en interculturel qui vient en aide aux personnes nouvellement arrivées au Québec et notre organisme, le MAJ, Mouvement Action Justice, un organisme en défense des droits. Le CRIC avait d’ailleurs réservé à cette occasion un accueil chaleureux au ministre de l’environnement et du changement climatique du Canada, qui avait l’air content.

Le militantisme et l’engagement citoyen de l’honorable Steven Guilbeault sont remarquables. Vingt-cinq ans de militantisme écologique et une lutte acharnée pour faire face aux changements climatiques sont autant d’éléments démontrant que la protection de notre planète est au cœur des préoccupations de ce leader. Néanmoins, la nécessité d’opérer ce virage vert en urgence demeure un défi de génération ! Mais l’entrée en politique de l’honorable Steven Guilbeault en 2019 l’a légèrement fait dévier de sa trajectoire initiale. Lors de sa visite du 10 novembre 2023 dans nos locaux, le Mouvement Action Justice l’a interrogé à ce sujet. L’honorable Steven Guilbeault nous a offert une réponse très directe, sans détour et remarquablement sincère. En inclinant légèrement sa tête vers le sol, le ministre de l’environnement et du changement climatique du Canada nous a indiqué: « en politique, il faut faire des concessions, sinon ce n’est pas la peine d’y aller. »

La réponse de l’honorable Steven Guilbeault remet en question le principe de l’engagement militant : est-ce qu’on peut trahir nos principes, nos valeurs après avoir été élu par le système démocratique ?

Selon l’honorable Steven Guilbeault, il faut se lancer dans l’arène politique si on veut que les choses bougent et pour cela, il y a un prix à payer. Monsieur le ministre n’avait pas l’air très fier et satisfait. Toutefois, il assume avoir renoncé à certains de ses principes qu’ils lui sont chers en se défendant du mieux qu’il pouvait. Ses arguments restent malheureusement questionnables.

Les militants de Mouvement Action Justice ont eu plaisir à discuter avec l’honorable Steven Guilbault, ministre de l’environnement et du changement climatique du Canada. L’homme était remarquablement humble, franc et direct. Il s’est finalement éclipsé avec un sourire laissant en suspens la question de savoir si un militant engagé peut partialement ou totalement délaisser ses valeurs et principes une fois rendu en politique.

Le Mouvement Action Justice préfère ne pas répondre à cette question et donne libre cours à la réflexion personnelle des lectrices et lecteurs.

Hadj Zitouni, porte-parole

Familles brisées par la DPJ : meurtre de 5 enfants sous leur protection

En mars 2013, l’émission Enquête, sur les ondes de Radio-Canada, réalise un reportage choc portant sur deux drames familiaux s’étant déroulés dans la région de Drummondville. Des enfants placés sous la protection du Centre Jeunesse ont été assassinés par leurs proches : une mère  a ôté la vie à ces 3 jeunes enfants le 2 décembre 2012 tandis que 18 mois auparavant, un père brûlait vif les siens.

Des rapports du danger imminent qui planait sur ces enfants ont été faits à la DPJ. Cependant,  cette dernière avait choisi d’ignorer plusieurs des signes avant-coureurs relatés par la famille des victimes. Sans tenir compte de la récente vague d’infanticide au Québec et des nombreux présages accompagnant ce phénomène, le Centre jeunesse décida de ne pas donner suite aux signalements. Une décision qui fut fatale pour 5 enfants vulnérables que l’état s’était donné la mission de protéger.