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Mohamed Lamine Benredouane a donné sa vie pour le Québec

Mohamed Lamine Benredouane a donné sa vie pour le Québec

HADJ ZITOUNI

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L’auteur est président du Mouvement Action Justice (MAJ).

Publié hier à 0h00

« Pour le policier qui est décédé, qui a fait le sacrifice ultime. Il est tombé. Il ne sera jamais oublié. C’est notre devoir de mémoire. Au nom de tous les Québécois, je dirais : qu’il ne soit jamais oublié. » – Ian Lafrenière, le 22 juin 2026

Mohamed Lamine Benredouane ne savait évidemment pas que, le 22 juin, il trouverait la mort en accomplissant son devoir comme policier au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). En revanche, il savait que ses enfants continueraient de grandir, de s’épanouir et de construire leur avenir au Québec. Ce pays, il l’avait choisi librement. Il avait adopté cette terre avec son cœur avant d’en faire définitivement la patrie de ses enfants et, peut-être, de leurs descendants. Ce choix s’était fait sans contrainte, avec conviction et probablement avec émerveillement, comme tant d’immigrants qui ont contribué à bâtir le Québec.

Le fait que Mohamed Lamine exerçait la profession de policier ne signifie pas qu’il mesurait pleinement tous les risques auxquels il était exposé quotidiennement. Pourtant, à la lumière du drame, et en voyant les drapeaux mis en berne partout au Québec en son honneur, on peut croire qu’il n’aurait jamais renié son engagement. Cette reconnaissance collective aurait certainement confirmé le profond attachement qu’il éprouvait envers la société qu’il avait choisi de servir.

Mohamed Lamine Benredouane a donné sa vie pour le Québec

La première sortie médiatique de Ian Lafrenière, vice-premier ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique, révélait une émotion si vive qu’il dut écourter son point de presse. Quelques heures plus tard, lors de sa conférence de presse près du lieu du drame, le directeur du SPVM, Fady Dagher, apparaissait lui aussi profondément bouleversé. Présent à proximité, j’ai pu constater à quel point l’émotion était palpable. M. Dagher répétait qu’il avait croisé Mohamed Lamine à plusieurs reprises et qu’il était un homme remarquable.

Une telle réaction est parfaitement compréhensible. La disparition d’un policier touche l’ensemble du corps policier. Elle crée une profonde communion dans le deuil, renforce le sentiment d’appartenance et rappelle la vulnérabilité de celles et ceux qui portent l’uniforme. Chez Ian Lafrenière, ancien policier et militaire, cette douleur semblait particulièrement personnelle. Certaines appartenances ne quittent jamais un homme ; elles l’accompagnent jusqu’à la fin de sa vie.

La mort d’un policier du SPVM suscite la solidarité non seulement de tous les policiers du Québec, mais également celle de leurs collègues ailleurs dans le monde. Les frontières s’effacent devant une même réalité : chacun sait que le destin de l’un pourrait un jour devenir le sien. La disparition d’un policier en service ravive une fraternité profonde, faite de respect, de chagrin et d’une blessure partagée.

Pour Ian Lafrenière et pour beaucoup d’autres, Mohamed Lamine Benredouane est tombé en accomplissant son devoir jusqu’à son dernier souffle. Mais derrière l’uniforme représentant l’autorité de l’État québécois se trouvait également un jeune immigrant qui avait choisi de contribuer à l’essor de sa société d’adoption. En servant le Québec, il préparait aussi l’avenir de ses enfants, afin qu’ils puissent vivre pleinement leur appartenance à cette terre devenue la leur.

En donnant sa vie pour protéger celle des autres, Mohamed Lamine Benredouane a versé son sang sur cette terre qu’il avait choisie. Ce sacrifice laissera une empreinte durable dans la mémoire collective du Québec.

Sur le site du SPVM, on peut lire cette phrase empreinte de simplicité et de dignité : « Aujourd’hui, un des nôtres est tombé, mais il ne sera jamais oublié. »

Mohamed Lamine était arrivé au Québec à l’âge de neuf ans avec son frère jumeau, Ahmed, et ses deux sœurs. Il y a grandi, y a construit sa vie et a choisi de devenir policier afin de servir la population montréalaise et, plus largement, la société québécoise.

Lors de ses funérailles, auxquelles une foule impressionnante a pris part, un responsable religieux du Centre islamique du Québec, situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, a affirmé que, selon la tradition musulmane, celui qui donne sa vie pour sauver celle des autres est considéré comme un martyr. Cette déclaration témoignait de la profonde estime que lui portait sa communauté, venue en grand nombre lui rendre un dernier hommage.

Au cours de cette journée d’adieu, j’ai également été marqué par l’attitude du consul général d’Algérie, Mohamed Zergot, qui est demeuré auprès de la famille du défunt avec une grande discrétion et un soutien constant. Les quelques échanges que j’ai eus avec lui m’ont rappelé l’image de ces serviteurs de l’État que l’on admire pour leur intelligence, leur intégrité, leur humilité et leur dévouement envers leurs concitoyens.

Mohamed Lamine Benredouane, reposez en paix.

Puisse votre sacrifice demeurer vivant dans la mémoire des Québécois. Puisse également votre engagement inspirer vos enfants, qui grandiront comme des Québécois à part entière, dans cette société que vous avez servie jusqu’au sacrifice ultime.

Est-ce la fin de la sécurité publique au Québec?

Le choix d’avoir désormais un ministère de la Sécurité intérieure est loin d’être anodin.

Publié le 24 avril

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La première ministre Christine Fréchette et le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, lors de la cérémonie d’assermentation du Conseil des ministres du Québec, le 21 avril

« La sécurité est produite par la réparation des liens sociaux plutôt que par l’imposition d’une autorité. » – Howard Zehr

La nomination de Christine Fréchette à la tête du gouvernement du Québec marque un tournant politique important. En confiant à Ian Lafrenière, ministre de la Sécurité publique, le rôle de vice-premier ministre, Mme Christine Fréchette envoie toutefois un signal ambigu sur sa propre autorité politique. Ce choix soulève une question centrale : celle de la solidité du leadership et du capital charismatique nécessaires pour incarner pleinement la fonction de première ministre.

Il faut rappeler que Christine Fréchette devient la deuxième femme, après Pauline Marois (2012-2014), à occuper cette fonction dans l’histoire du Québec. Une avancée symbolique, certes, mais qui s’accompagne d’attentes élevées en matière de leadership politique, particulièrement dans un contexte où la personnalisation du pouvoir reste déterminante.

L’histoire politique offre pourtant des modèles contrastés. Margaret Thatcher, surnommée la « Dame de fer », a incarné un leadership affirmé, structuré autour d’une vision idéologique forte et d’une capacité à imposer son autorité au sein même de son gouvernement. Angela Merkel a privilégié un style plus discret, fondé sur la stabilité et la maîtrise des équilibres politiques. Dans les deux cas, leur autorité n’a jamais semblé dépendre d’un vice-chef de gouvernement jouant un rôle d’appoint ou de contrepoids politique.

Dans ce contexte, la place accordée à Ian Lafrenière interroge. Dans la foulée de sa nomination officielle comme vice-premier ministre, celui-ci a procédé à un changement symbolique en renommant son ministère de la Sécurité publique en ministère de la Sécurité intérieure. Cette modification, loin d’être anodine, traduit une volonté de repositionnement sémantique et politique, où le terme « public » disparaît au profit d’une logique plus centrée sur l’appareil étatique lui-même.

La première ministre a entériné cette décision dans le cadre du remaniement du 21 avril 2026, sans qu’un véritable débat public semble avoir été engagé sur sa portée. Ce type de transformation soulève une question de fond : jusqu’où les changements symboliques dans l’appareil gouvernemental reflètent-ils une vision politique cohérente, plutôt qu’un simple ajustement administratif ?

Historiquement, le ministère de la Sécurité publique s’inscrit dans la continuité des réformes institutionnelles amorcées dans les années 1980, lui-même héritier de l’ancien ministère du Solliciteur général du Québec. Cette évolution s’inscrivait alors dans la modernisation de l’État québécois issue de la Révolution tranquille, période charnière où les institutions publiques ont été profondément redéfinies.

Aujourd’hui, au-delà des changements de titres et des réorganisations ministérielles, c’est la question du leadership politique qui demeure centrale : un gouvernement se mesure-t-il à la solidité de son chef ou à l’équilibre des figures qui gravitent autour de lui ?

Le nom du ministère de la Sécurité publique du Québec, choisi sous Robert Bourassa, reflète une vision large de la sécurité. Il ne s’agit pas seulement de faire appliquer les lois, mais d’assurer la protection et le bien-être global de la population.

Ce texte fait partie de la section Opinion du journal Le Devoir, qui favorise une pluralité des voix et des idées en accueillant autant les analyses et commentaires de ses lecteurs que ceux de penseurs et experts d’ici et d’ailleurs.  opinion@ledevoir.comCourrier des idées.

HADJ ZITOUNI

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L’auteur est président du Mouvement Action Justice.

Publié le 24 avril

Levez-vous, vos cris et vos larmes ne serviront à rien !

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Photo : MAJ

La veuve d’Abisay Cruz genou au sol, lors de la manifestation du 07 avril 2025.

Comment l’image d’une personne peut tomber au fond d’une mémoire et s’accrocher tout ce temps pour surgir à nouveau en guise d’obtenir une vie, une voix qui lui a été confisquée sans droit. 

Le 7 avril 2025 en après-midi, à l’angle de la 47e Rue et du boulevard Pie-IX, dans le quartier Saint-Michel à Montréal, j’ai croisé la veuve d’Abisay Cruz. Elle se trouvait en tête d’une manifestation organisée à la mémoire de son mari décédé quelques jours plus tôt.

Selon les circonstances rapportées, il aurait perdu la vie lors d’une intervention policière impliquant des agents du Service de Police de la Ville de Montréal, le SPVM. Un agent aurait maintenu son genou de manière prolongée et excessive sur le dos d’Abisay Cruz, un geste qui lui a été fatal.

Je l’ai suivie de près la veuve de Abisay Cruz, presque talonné. Nous avons marché côte à côte jusqu’à la 40e Rue, au milieu d’une foule qui réclamait à voix haute justice pour Abisay Cruz. Elle ne semblait pas consciente de la foule qui l’entourait et encore moins de ma présence. Elle clamait la mort injuste de son mari, répétant avec insistance que c’était la police qui avait tué son mari et tué également le père de son fils. Ses mots se bousculaient, se répétaient, se perdaient. On aurait cru qu’elle pleurait deux morts. Mais il n’y en avait qu’un seul. Un homme. Son mari et le père de son enfant.

À l’angle de la 40e Rue et du boulevard Pie-IX, elle ralentit le pas jusqu’à un arrêt total. Ce n’était pas l’essoufflement qui l’a clouée sur place, mais plutôt la scène devant elle : le poste de quartier 30 du SPVM, là où le policier impliqué directement dans la mort de son mari travaillait. Le poste se dressait devant elle, ceinturé par une escouade anti-émeute. Casques brillants, boucliers alignés comme une muraille métallique, et le bourdonnement des radios créaient une tension palpable donnant à la rue un air de champs de tension prêt à éclater. Dans cette atmosphère survoltée, la routine urbaine soudain s’est figée dans le temps et l’espace.

Ce n’était pas la première fois que je participais à un tel cortège, mais cette fois, la veuve d’Abisay Cruz dégageait quelque chose de particulier. Peut-être, l’intensité de sa douleur était trop forte, au point de me briser le cœur. Je remarquai que sa voix irritée commençait à la quitter peu à peu. Déterminée, elle avança quelques pas vers les policiers, comme pour leur demander s’ils voulaient bien lui tirer une balle, parce qu’elle n’éprouvait plus le désir de continuer à vivre.

Je me souviens de l’avoir retenue par le bras, de l’avoir fait reculer. Je sentais en elle cette impulsion prête à se jeter bras ouverts contre cette muraille de policiers, prête à rejoindre son mari, les pieds joints, comme pour franchir le monde d’un seul élan.

Cette scène nous ramène le goût amer de l’injustice qui nous monte à la gorge, un goût qui nous étouffe et nous vide de toute substance. Aurait-il été possible d’épargner la vie d’Abisay Cruz ? Ayant observé pendant des décennies la violence policière au Québec, je n’ai aucun doute : oui.

Et pourtant, une fois de plus, la justice n’a pas parlé. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales s’est prononcé le 03 mars 2026 : il ne déposera aucune accusation contre les policiers soupçonnés d’avoir usé une force excessive lors de son arrestation. Cette absence de responsabilité ne surprend pas. Trop souvent, l’impunité prévaut là où la protection et la justice devraient être.

Abisay Cruz n’est pas qu’un nom dans un dossier : maintenant, il symbolise un système qui échoue à protéger les plus vulnérables. Tant que ces injustices resteront ignorées, notre société continuera de porter le poids de ce silence.

Cet après-midi du 07 avril 2025, le vent mordait encore les joues. Au milieu de la 40e Rue et le boulevard Pie-IX, la veuve d’Abisay Cruz a fini par poser un genou sur l’asphalte, ses mains crispées autour d’un haut-parleur. Sa voix tremblante se transformait presqu’en hurlement, en cri déchirant :  « Justice pour Abisay! Justice pour Abisay ! SVP, justice pour Abisay…! »

Autour d’elle, la foule reprenait en chœur : « Justice pour Abisay!… »

Je me suis mis à sa hauteur, appareil photo à la main, comme on s’incline devant une tragédie, prêt à capter cet instant de souffrance, suspendue, presque sacrée, crucifiée sous mes yeux.


En me redressant, je lui adressai d’une voix ferme, étrangère à la détresse ambiante : « Levez-vous, madame… vos cris et vos larmes ne serviront à rien! »

Cette photo que je venais de prendre est devenue la mienne. Elle m’a inspiré aussi le titre d’un premier livre que le Mouvement Action Justice lancera les prochains jours : L’Odyssée des injustices au Québec. Un recueil de faits vécus qui paraîtra le 20 avril 2026. Ce moment de douleur déchirante avec la veuve d’Abisay Cruz figé dans l’image témoigne de l’intensité d’une injustice, mais aussi de la nécessité de la raconter.

Hadj Zitouni

Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits 

16 avril 2026.

L’État québécois sous le feu d’une insulte

Note au journal Le Devoir :

Mouvement Action Justice perçoit comme restrictives et préoccupantes les décisions éditoriales négatives à propos de la publication des articles signées par Hadj Zitouni. Malgré l’intérêt public des articles soumis à votre journal, et les refus successifs de les publier, nous poursuivrons nos communications sur les réseaux sociaux. Notre participation au débat public continue avec détermination, constance et conviction.

L’équipe de Mouvement Action Justice

Cracher des grossièretés à l’endroit d’une policière qui ne faisait que son travail constitue une aberration et peut également relever d’une infraction criminelle. Le caractère des propos intimidants visait à entraver l’exercice de ses fonctions.

Il est donc inexact de prétendre qu’aucune poursuite ne pourrait être engagée contre cette personne, dont l’attitude semble motivée par une hostilité marquée envers les policiers.

L’outrecuidance de cet individu l’a conduit à divulguer un élément de preuve accablant contre lui-même. Insulter un policier dans l’exercice de ses fonctions n’est pas un phénomène nouveau. Il arrive que certains policiers abusent de leur autorité au point de pousser des contrevenants à réagir de manière excessive. Je ne dis pas que c’est la meilleure chose à faire, mais ce genre de dérapage peut survenir.

Dans le cadre de mon travail, je rencontre régulièrement des personnes qui affirment avoir été victimes d’abus policiers. Dans bien des cas, lorsque des interventions policières semblent abusives, les personnes visées se retrouvent elles-mêmes accusées, en vertu des articles 129 et 139 du Code criminel, pour entrave ou résistance.

Faute de preuves immédiates pour contester la version policière, ces victimes sont fréquemment contraintes d’entreprendre des démarches judiciaires longues et complexes pour se défendre contre des accusations qu’elles jugent injustifiées.

Cette réalité met en lumière un déséquilibre préoccupant entre les citoyens et les forces de l’ordre. Elle soulève aussi des questions quant à l’accès réel à la justice et à la protection des droits, en particulier pour les personnes se trouvant dans une situation vulnérable.

Il est compréhensible que l’administration de l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante, ait fait preuve de prudence face aux demandes de M. Dagher, directeur du Service de police de la Ville de Montréal, ainsi que de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, visant à adopter un règlement interdisant aux citoyens d’insulter les policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Une telle mesure, bien qu’elle puisse sembler légitime pour protéger les policiers, risque d’aggraver la situation plutôt que de l’améliorer. Interdire les insultes repose sur une notion floue et subjective, difficile à définir juridiquement. Cela ouvre la porte à des interprétations arbitraires et à des abus potentiels.

Dans ce contexte, des policiers pourraient accuser des citoyens sur la base de perceptions personnelles, ce qui créerait un déséquilibre important entre l’autorité policière et les droits des individus. Une telle dynamique risquerait d’éroder la confiance du public envers la police.

La liberté d’expression, protégée par les chartes, inclut le droit de critiquer les institutions et leurs représentants. Restreindre ce droit pourrait entraîner des dérives et une judiciarisation de comportements qui ne constituent pas une réelle menace à l’ordre public.

La prudence de l’administration municipale apparaît justifiée : plutôt que d’adopter un règlement aux contours incertains, il est préférable de privilégier des mesures équilibrées qui protègent à la fois les policiers et les droits fondamentaux des citoyens. La nouvelle mairesse a pris la même réflexion que sa précédente en déclarant, qu’il est trop tôt pour déterminer si Montréal a besoin d’un règlement pour empêcher les insultes contre les policiers.   

Maintenant, que l’Assemblée nationale exprime son indignation face aux propos visant cette jeune policière est légitime. Suggérer, même à demi-mot, qu’une communauté entière soit mise en cause en raison du prénom du forcené franchit une ligne dangereuse.

Plus préoccupant encore : la récupération et l’instrumentalisation de ces propos, notamment la misogynie et la question du caractère culturel, par l’État à des fins politiques. Une telle dérive interroge le respect du principe d’impartialité et révèle un malaise profond dans le fonctionnement de notre démocratie.

Hadj Zitouni

Président du Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits

Montréal, 02 avril 2026

La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

MouvementActionJustice_LaPresseLogo Extrait-de-l’article-paru-dans-le-journal

La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

On ne peut pas tuer des enfants parce qu’ils ont un look auquel on n’est pas habitué

« Je suis le père d’un enfant de l’âge de Nooran et je me suis mis à la place de la famille. C’est bouleversant », renchérit Hadj Zitouni, directeur général du Mouvement action justice. Il participe à cette manifestation annuelle depuis 20 ans, souligne-t-il.

À son avis, la classe politique québécoise doit mettre fin à l’« impunité policière ». M. Zitouni estime que les agents fautifs ne subissent pas de conséquences pour leurs actions. Il parle de la mort de Nooran Rezayi comme une « ligne qui a été franchie », un acte de violence contre un adolescent qui « n’était pas menaçant pour lui, ses amis ou les policiers ».

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PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Pour Hadj Zitouni, l’impunité policière est le cœur du problème.

Manifestation contre la brutalité policière

Devant les Bureaux des Enquêtes Indépendantes (BEI)

Longueuil

15 mars 2026

Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière

Le Collectif opposé à la brutalité policière, le COBP opère depuis presque 30 ans (1997). La ville de Montréal est son noyau et le point de départ de ses débuts. Tous les 15 mars de chaque année, ce mouvement invite la population de la province de Québec à se mettre en marche contre la brutalité policière. Son étincelle s’est allumée sur un trop plein de violences policières et jusqu’à date, elle refuse de s’éteindre. 

Depuis son lancement, la manifestation contre la brutalité policière n’a ressenti aucun essoufflement dans ses rangs et elle n’a effectué aucun changement de cap non plus. Le Service de la Police de la Ville de Montréal, le SPVM, avec la complicité des médias traditionnels, a tout fait pour étouffer ce collectif, le noyer, le mettre à terre sans succès aucun. Incontestablement, les militants, les victimes et les témoins d’abus policiers qui cherchent à obtenir de vraies réformes ne sont pas prêts à abandonner ce combat. 

Débordements de manifestants, violence, émeutes, vandalisme, affrontements avec les forces de l’ordre, vitrines de commerces en éclats, lancement de projectiles et j’en passe, les médias continuent à nous représenter la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière d’une manière biaisée et stigmatisante. Ils vont jusqu’à la criminaliser. Malgré tout, elle demeure l’expression la plus noble et légitime d’un mécontentement populaire au Québec et ailleurs dans le monde. Depuis une vingtaine d’années, le nombre des perturbateurs qui se joignent à la manifestation dans les rues de Montréal, n’a jamais dépassé 2% des manifestants et encore, on peut se demander si ce 2% n’est pas mené par des vents hostiles à faire avorter l’évènement ? 

Une chose est certaine, dans ce peu qui nous reste d’une démocratie mise à l’épreuve, la population est malheureusement induite en erreur, détournée vers un écran de fumée opaque qui tente de l’insensibiliser au drame de l’impunité policière qui s’accroît, jour après jour, pour atteindre un sommet alarmant. 

Quand un policier interpelle une personne sous le seul prétexte de la couleur de sa peau ou ses allures culturelles, qu’elle soit noire, arabe ou latino, ou encore qu’il décide d’enlever la vie à un enfant ou à un adolescent qui ne présentait aucune menace, ni pour lui, ni pour les autres, et encore moins au flic qui l’a tué, je pense que nous avons un grave problème de société à régler.  

À la veille de cet évènement annuel contre la brutalité policière, je demande aux médias qui s’attardent devant une vitrine en éclats qui fait probablement leur bonheur, ou devant une poubelle de rue mise à feu qui les enflamment en mots et en images : Parlez des vrais problèmes qui menacent la sécurité publique. Votre silence sur l’impunité policière au Québec doit vous faire honte. Allez interroger, par exemple, notre premier ministre sortant. Demandez-lui pourquoi il a nommé un ardent policier au poste de ministre de la Sécurité publique?  À la rigueur d’une nomination partisane, il aurait pu faire de lui, un ministre de la Sécurité et de la Protection des policiers au Québec. Aucun souci avec ça, on va finir par l’avaler cette couleuvre. 

La manifestation annuelle contre la brutalité policière est une contestation tout à fait légale, légitime, juste et nécessaire. Elle demeure debout, contestataire à travers les années, fidèle à son rendez-vous malgré les intempéries, la répression policière et les arrestations illégales de masses. Elle mérite fortement un hommage à ses sacrifices, à son courage, à sa détermination, au message qu’elle livre à la population : les réformes se font avec la solidarité et la prise de conscience de toute la population. 

Le Mouvement Action Justice rend hommage au COBP, moteur vibrant de cette manifestation annuelle contre la brutalité policière, pour afficher sa prise de conscience, pour son action et d’avoir choisi la Ville de Longueuil comme point de rassemblement 2026 pour cette nouvelle marche annuelle contre la brutalité policière. Le lieu ramène en mémoire Nooran Rézayi, cet enfant qui nous a quittés sous les balles d’un policier indigne qui avait le doigt trop vite sur la gâchette.     

Le lieu de rassemblement se tiendra devant le bureau des enquêtes, soi-disant, indépendantes de la Ville de Longueuil. Rattrapera-t-il le camouflet de la manifestation du 27 et 28 septembre 2025 à la mémoire de Nooran? 

La Presse avait intitulé la première : Une marche silencieuse pour l’adolescent tué par un policier. Pour être silencieuse, ah oui, elle était même trop silencieuse. Lors de cette manifestation, quand l’enseignante de Nooran est venue nous voir dans sa robe de grand-mère pour nous dévoiler l’itinéraire de la marche, je lui ai demandé qui était derrière son plan? Elle balbutiait des mots écorchés par l’incertitude pendant que l’oncle de Nooran déchiré par la douleur la suppliait d’emprunter les grandes rues de la ville pour gonfler les rangs de la marche. Malheureusement, les dés étaient pipés d’avance; on a traîné les manifestants comme un troupeau à un terrain de soccer clôturé en acier, pas trop loin du lieu de la tragédie. C’était plutôt un cortège mortuaire exclut de toute dépouille en voie d’enterrer ce qui nous reste du droit de manifester. 

Au premier rang, les dos contre la clôture, il y avait les parents de Nooran, sa sœur, son petit frère dans les bras de sa mère et un député de Québec Solidaire. Ce dernier faisait pitié dans l’impasse du décor. Tous dans un silence funèbre ont prononcé quelques mots partagés entre la douleur de la perte d’un être cher et un exercice de prendre la parole devant une foule malmenée.

MouvementActionJustice Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière

Photo: La Presse, septembre 2025

Marche commémorative du décès du jeune Nooran Rezayi mort sous les balles d’un policier de Longueuil.

Longueuil, 28 septembre 2025

La seconde manifestation en mémoire de Nooran, celle du 28 septembre 2025, je l’ai intitulée, la manifestation du trottoir. Le Service de la Police de la Ville de Longueuil, dont le policier qui a tué l’enfant Nooran fait partie, a déployé un dispositif de grande envergure. Parmi ce dispositif, une escouade avec des boucliers descendue des autobus en tapant sur leurs boucliers. Un signal de guerre d’une intimidation spectaculaire alors que les manifestants étaient en majorité des jeunes et des parents avec leurs enfants qui venaient rendre hommage à Nooran. Tout le monde avait compris qu’eux aussi auraient pu perdre leur propre vie ou celle de leur(s) enfant (s) à la place de Nooran Rezayi. 

C’est du jamais vu! On impose aux participants d’une manifestation d’un tel drame de se tenir, tout le long de la marche, sur les trottoirs. Quelle humiliation!  

Et quand l’un des manifestants s’écartait du trottoir pour descendre sur la chaussée de la rue ou du boulevard, les anti-émeutes se précipitaient pour le pousser violemment avec leurs boucliers en le projetant pour qu’il rejoigne le trottoir à défaut de quoi, il se verrait en état d’arrestation. 

Il n’y a rien à féliciter ici. 

Remarque : 

  1. J’invite le chef de la police de la Ville de Longueuil à relire les droits des manifestants dans une société dite démocratique. 

Le meurtre de Nooran Rézayi mérite une voix, une marche beaucoup plus que sur un trottoir. Il s’agit d’une contestation légitime qui ne devrait pas être repoussée par une répression policière brutale.  

  1. Le 15 mars prochain, j’invite la Ville de Montréal à ne pas interrompre la ligne jaune du métro qui mène à Longueuil afin de préserver le droit de chaque citoyen qui le souhaite à participer à la manifestation annuelle contre la brutalité policière.
  2. Il ne faut pas nourrir la brutalité policière par le manquement éthique d’un ou deux manifestants. 
  3. Finalement, Bravo COBP. L’initiative du lieu de ce rassemblement est parfaite. La cible est bien choisie. Les cordes vont éventuellement bouger sans forcément émettre un son et attendre une nouvelle berceuse qui se prépare dans les jours, les mois, les années qui viennent.

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Par Hadj Zitouni

Président du Mouvement Action Justice.

Vendredi, le 13 mars 2026

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MouvementActionJustice_Logo

2238 Rue Fullum, info@maj-quebec.com


Crédit photo:

Dans l’article intitulé Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière signé Hadj Zitouni, de Mouvement Action Justice

la mention du crédit photo a été oublié d’être mentionnée. Nous sommes désolés pour l’erreur.

La photo insérée dans l’article devrait être montrée comme suit:

MouvementActionJustice Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière

Photo: La Presse, septembre 2025

Il n’y aura pas de justice pour Nooran Rezayi

Les élèves de la classe de Nooran Rezayi sont revenus sur le lieu de la fusillade pour rendre un dernier hommage à leur ami.
Quasiment encore tous des enfants et déjà en deuil.
Photo du MAJ, 27 septembre 2025

Hadj Zitouni
Mouvement Action Justice
Organisme en défense des droits

Mercredi, 16 octobre 2025

Au long de ce petit texte, nous n’avons d’autre choix que de classer le jeune Nooran Rezayi dans les rangs des enfants bien que certains préfèrent le ranger dans la colonne des ados. Publiquement, le père de Nooran n’a cessé de répéter que la police avait tué son bébé.

Étreignant le corps inanimé de son fils dans un dernier adieu, le père infligé nous a confirmé en toute évidence que son fils n’était encore qu’un enfant.  De ce fait, qu’on le veuille ou non, au moment d’être criblé par balles, Noorran Rezayi n’était bel et bien qu’un enfant. Le bureau d’enquêtes indépendantes (le BEI) devra considérer largement cette affirmation, puisque la dissemblance enfant-adulte, dans ce cas, est considérablement distincte.                                                                         

Cet après-midi-là, tous les amis de Nooran se sont sauvés à la vue des policiers, sauf lui, qui a obtempéré à l’ordre des policiers lui demandant de s’arrêter. Il n’a suffi d’à peine quelques secondes pour que, figé sur place, les mains en l’air, Nooran Rezayi soit abattu.

Au moins un témoin a confirmé que le policier qui a fait feu en direction de Nooran lui avait demandé s’il était armé ? En absence de toute preuve contraire à celle-ci, Nooran a répondu :

  • Non

 Maintenant, explorons l’hypothèse médiatique première prétendant que Nooran ait « tenté » de rediriger une de ses mains pour ouvrir son sac à dos dans l’intention de montrer au policier qu’il n’avait effectivement aucune arme sur lui.  Hypothèse peu probable en absence de toute preuve contraire à celles de d’autres témoins affirmant que Nooran n’a jamais « tenté » d’ouvrir son sac à dos. Certains encore ont attesté fermement que Nooran n’a pas bougé même un seul un doigt avant d’être abattu.

Ceci laisse une dernière hypothèse avancée par d’anciens policiers, accentuant le soupçon que l’enfant n’avait pas les mains en l’air, mais plutôt que ses mains étaient dérobées à la vue du policier. Voici, ce qui a créé un suspense et qui a augmenté le niveau de crainte de notre flicard.  

Voilà, c’est sûr, l’une de ces hypothèses sur laquelle le bureau des enquêtes indépendantes, le BEI, va se pencher. Autrement dit, toute l’enquête du BEI se jouera sur cet instant précis de l’intervention pour mesurer l’écart de la bavure. Les autres détours sont des futilités pour gagner du temps en sachant très bien qui n’apporteront rien au bien-fondé de l’enquête.

Le mécanisme de toutes les hypothèses qui portaient sur les gestes ou les mouvements de Nooran au moment de la tuerie témoignent d’une conduite innocente dans un esprit d’enfant qui ignorait l’aveuglement, voire la gravité de la menace qui pesait sur lui. 

Rappelons que Nooran fut atteint par une première balle et dans sa chute vers le sol, il reçut une deuxième balle. Beaucoup sont intrigués par le déploiement d’un second coup de feu doublement meurtrier. Force excessive nullement justifiée, fortement inutile puisqu’il s’agissait d’un enfant. Une arme à feu a été déployée pour neutraliser et éliminer définitivement une cible. Laquelle?

  • Un enfant.

La peur, la crainte du policier dans cette intervention ratée est un facteur aggravant, voire responsable direct de la tuerie. Au moment du drame, le policier a démontré qu’il était pleinement habité par une de ces frousses qui altèrent le jugement et la prise de décision chez les pleutres et les trouillards.  

Bien qu’expéditivement deux regards se sont croisés :  celui d’un enfant tétanisé à la vue d’une arme à feu pointée vers lui et celui du policier qui s’imaginait entouré d’un péril imminent. Ici, ni le visage enfantin de ce gosse, ni l’effroi, ni la terreur qui le couvraient n’ont réussi à faire plier le policier à ralentir avant d’appuyer sur la détente à pied levé et atteindre sa cible directement.

Faire feu une seconde fois sur un enfant ?

Faire feu une seconde fois sur un enfant au moment qu’il s’écroule par terre, témoigne de l’état d’esprit de ce policier. Vraisemblablement, il était sous l’emprise d’une anxiété intense, inadmissible et inappropriée pour une personne qui doit assurer la sécurité publique.

Il est troublant de constater qu’au Québec, nous avons des agents de la paix qui tirent plus vite que leurs ombres. Dans les dessins animés, Lucky Luke le fait pour distraire les enfants, ici on le fait pour les tuer. 

Incontestablement, ce n’est pas tout le monde qui peut être policier. Comme certains le disent, dans une bavure comme celle-ci, il faut désigner un responsable. Est-ce le policier qui a tué cet enfant ou l’employeur du policier, sinon s’agit-il d’un système réellement éraillé en attente de pièces de rechanges?

Si c’est le cas, disons que ça presse.  Arrêtez de tuer des innocents!

Finalement, nous ne prédisons pas, nous confirmons plutôt qu’il n y’aura malheureusement pas de justice pour Nooran Rezayi. Que l’enquête soit menée par le BEI, par le SVPM ou par tous corps policiers confondus, l’esprit reste le même. Encore que l’enquête soit immiscée par un public avide de justice, converti en enquêteur en quête d’une justice improbable et précaire, sachez que toute investigation poussée dans ce sens est condamnée à mourir dans sa coquille.

 Nooran Rezayi est mort, point à la ligne. Il va rejoindre la liste des personnes inutilement tuées par la brutalité policière.

En revanche, il y aura la lenteur du temps, beaucoup de recommandations à répétitions, des couvertures médiatiques traditionnelles, d’autres à la pige, tous bavards et hypnotisant une population qui pique déjà du nez.  Et l’impunité policière continuera son chemin comme si rien ne s’était passé ce dimanche après-midi du 21 septembre 2025.

Espérant que la vie perdue de cet enfant raisonnera dans un semblant de justice, que son écho soit entendu pour radier à vie ce tueur du corps policier et pousser à l’extrême les exigences pour accéder à la formation et à la sélection de nos futurs policiers.  Même un peu de courage et un peu de sévérité pourraient mettre de l’ordre dans une justice malmenée face à un constat déplorable.

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