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« Le silence vaut mieux que des paroles inutiles » – Un article de Hadj Zitouni publié dans Le Devoir

📰 À lire dans Le Devoir – Une réflexion de M. Hadj Zitouni

Le Mouvement Action Justice – MAJ vous invite à découvrir l’article « Le silence vaut mieux que des paroles inutiles », signé par M. Hadj Zitouni et publié dans la section Opinion du site Le Devoir.

Dans cette réflexion, l’auteur aborde avec justesse la valeur du silence, de la retenue et de la réflexion dans un contexte où la multiplication des paroles ne signifie pas nécessairement une meilleure communication dans le contexte des débats entourant la justice.

Nous sommes heureux de mettre en lumière la contribution de M. Zitouni et de vous inviter à prendre connaissance de son texte directement sur le site Le Devoir :

👉 Le texte intégral demeure disponible sur le site Le Devoir :

Une meilleure réponse policière auprès des personnes ayant une déficience intellectuelle

« Une société se juge à la façon dont elle traite
ses membres les plus vulnérables. »
 Nelson Mandela

Hadj Zitouni,
Président du Mouvement Action Justice.
22 juillet 2026.

Je ne sais pas exactement ce qui m’a poussé à veiller cette nuit-là plutôt que d’attendre le lendemain pour entreprendre ce travail. Peut-être était-ce le sentiment d’urgence, ou encore la profonde conviction qu’il fallait rendre justice à Marc et faire entendre la voix d’une personne qui, en raison de sa condition, n’avait pas la capacité d’exprimer elle-même ce qu’elle avait vécu.

J’ai donc pris le temps de réfléchir aux événements et de rédiger, dans un premier temps, la plainte de Marc destinée au Commissaire à la déontologie policière, conformément à la volonté clairement exprimée par sa mère. Il me paraissait essentiel que cette démarche soit entreprise sans délai, afin que les faits soient consignés avec la plus grande fidélité possible et que la plainte de Marc soit entendue, examinée et, par le présent témoignage, portée à l’attention d’autres intervenants et décideurs publics, dans le but que toute la lumière soit faite sur les événements.

Marc est âgé de 30 ans. Il vit avec un trouble du spectre de l’autisme, il est non verbal et présente une déficience intellectuelle sévère. Son fonctionnement cognitif correspond à un âge développemental estimé entre trois et quatre ans. Depuis sa naissance, sa mère veille quotidiennement sur lui, l’accompagne et répond à l’ensemble de ses besoins. Elle est aujourd’hui sa représentante légale et sa tutrice, puisqu’en raison de ses limitations, Marc n’est pas en mesure d’exercer seul ses droits ni de défendre ses propres intérêts.

À travers cette démarche, il ne s’agit pas uniquement de déposer une plainte auprès de la Déontologie policière. Mon expérience dans ce domaine m’amène malheureusement à constater que de telles démarches n’aboutissent pas toujours aux résultats espérés et peuvent parfois représenter une épreuve supplémentaire pour les plaignants. Toutefois, dans le cas présent, cette démarche revêt une importance particulière : elle vise également à porter la voix d’une personne vulnérable qui mérite d’être traitée avec dignité, respect et considération par toutes les institutions appelées à intervenir auprès d’elle.

Le 29 octobre 2025, vers 16 h 30, Marc revient à son domicile après sa journée au programme de jour du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle, comme il le fait habituellement.

N’ayant pas la capacité de communiquer verbalement, lorsque Marc vit une frustration durant son programme de jour ou lors de ses déplacements en transport adapté, il ne réagit généralement pas sur le moment. Il conserve cette frustration jusqu’à son retour à la maison, un environnement sécurisant où il peut l’exprimer auprès de sa mère. Il manifeste alors son état émotionnel de la seule manière dont il est capable de le faire : en criant et, à l’occasion, en lançant des objets.

Le 29 octobre 2025 constitue l’une de ces situations. Marc est revenu à la maison frustré et agité. Sa mère a su l’accompagner et l’aider à retrouver son calme, comme elle le fait depuis toujours. Blotti contre cette source d’amour, de sécurité et d’apaisement, Marc rattrape progressivement son calme. Après avoir pris sa collation, il jouait tranquillement dans sa chambre. La situation était revenue à la normale.

C’est alors que sa mère a entendu un grand bruit dans le corridor. Afin de comprendre ce qui se passait, elle a ouvert la porte de son logement, donnant sur un corridor étroit. Elle s’est retrouvée brusquement face à deux policiers du SPVM, (PDQ9) qui avaient leurs armes dégainées et qui les pointaient dans sa direction.

Les policiers criaient : « Y’est où? Y’est où? »

Sous le choc, la mère de Marc a demandé : « Qui? De qui parlez-vous? »

À aucun moment, elle n’a imaginé que les policiers étaient venus pour son fils. Les voisins connaissaient tous la situation de Marc et savaient que sa mère faisait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter qu’il ne dérange les autres résidents. Cette fois-ci, c’était un nouveau voisin, récemment installé dans l’immeuble, qui avait fait appel aux policiers.

En entendant les cris des policiers, Marc a pris peur et est sorti rapidement de l’appartement. L’un des policiers l’a alors saisi par les bras et l’a projeté face contre le mur afin de lui passer les menottes.

La mère de Marc a immédiatement tenté d’intervenir. Elle a crié aux policiers d’arrêter et leur a expliqué à plusieurs reprises que son fils était autiste, non verbal, qu’il présentait une déficience intellectuelle sévère et qu’il n’avait absolument rien fait de mal. Malgré ses explications, aucun des policiers n’a semblé vouloir l’écouter.

Encore plus apeuré par la situation, Marc a réussi à se dégager et s’est dirigé vers la cage d’escalier située immédiatement à côté de la porte de l’appartement familial. L’un des policiers l’a poursuivi et l’a rattrapé au premier palier de l’escalier de secours.

Entendant les pleurs et les cris de douleur de son fils, la mère de Marc a tenté à plusieurs reprises d’ouvrir la porte de la cage d’escalier afin de voir ce qui se passait. Toutefois, l’autre policier refermait constamment la porte afin de l’empêcher d’observer la scène.

Elle a néanmoins pu constater que Marc avait été frappé à plusieurs reprises puis menotter. Alors qu’il était déjà immobilisé au pied de l’escalier, elle affirme l’avoir vu recevoir, dans le dos, au moins deux décharges de pistolet à impulsion électrique. Cette version des faits est corroborée par le rapport de l’urgentologue.

Il est important de préciser que Marc souffre d’épilepsie, ce qui constitue un facteur de risque important lors de l’utilisation d’un tel dispositif.

Alors qu’elle tentait toujours d’ouvrir la porte de la cage d’escalier afin de voir ce qui arrivait à son fils, la mère de Marc affirme avoir été saisie par les bras derrière le dos et avoir reçu un violent coup derrière les genoux, la forçant à tomber au sol. Le policier lui aurait alors indiqué qu’il pouvait également la menotter si elle ne se calmait pas.

La mère de Marc est une femme de petite stature et pèse environ 52 kilogrammes.

J’ai rencontré Mme Francine Lambert, travailleuse sociale aujourd’hui retraitée, qui connaît Marc depuis qu’il est âgé de trois ans. Bien qu’elle soit maintenant à la retraite, elle continue d’offrir occasionnellement un soutien informel à cette famille monoparentale.

Selon Mme Lambert, il est urgent que les services policiers du Québec disposent d’un système informatique permettant de signaler, avant une intervention à domicile, la présence éventuelle d’une personne vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

Une telle information pourrait permettre aux policiers d’adapter leur intervention, d’éviter des situations de crise et surtout de prévenir des blessures ou des interventions disproportionnées envers des personnes particulièrement vulnérables.

Cet événement a non seulement profondément heurté les sentiments de la mère et brisé la confiance qu’elle accordait aux policiers, mais, selon elle, la brutalité policière dont Marc a été victime l’a profondément transformé. Il n’est plus le même. Chaque fois qu’elle le voyait tenter de reproduire les gestes ou les scènes qu’il semblait revivre de cet événement tragique, elle fondait en larmes. Lorsqu’une personne vulnérable comme Marc est privée de sa dignité, c’est toute la société québécoise qui est atteinte.

Mohamed Lamine Benredouane a donné sa vie pour le Québec

Mohamed Lamine Benredouane a donné sa vie pour le Québec

HADJ ZITOUNI

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L’auteur est président du Mouvement Action Justice (MAJ).

Publié hier à 0h00

« Pour le policier qui est décédé, qui a fait le sacrifice ultime. Il est tombé. Il ne sera jamais oublié. C’est notre devoir de mémoire. Au nom de tous les Québécois, je dirais : qu’il ne soit jamais oublié. » – Ian Lafrenière, le 22 juin 2026

Mohamed Lamine Benredouane ne savait évidemment pas que, le 22 juin, il trouverait la mort en accomplissant son devoir comme policier au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). En revanche, il savait que ses enfants continueraient de grandir, de s’épanouir et de construire leur avenir au Québec. Ce pays, il l’avait choisi librement. Il avait adopté cette terre avec son cœur avant d’en faire définitivement la patrie de ses enfants et, peut-être, de leurs descendants. Ce choix s’était fait sans contrainte, avec conviction et probablement avec émerveillement, comme tant d’immigrants qui ont contribué à bâtir le Québec.

Le fait que Mohamed Lamine exerçait la profession de policier ne signifie pas qu’il mesurait pleinement tous les risques auxquels il était exposé quotidiennement. Pourtant, à la lumière du drame, et en voyant les drapeaux mis en berne partout au Québec en son honneur, on peut croire qu’il n’aurait jamais renié son engagement. Cette reconnaissance collective aurait certainement confirmé le profond attachement qu’il éprouvait envers la société qu’il avait choisi de servir.

Mohamed Lamine Benredouane a donné sa vie pour le Québec

La première sortie médiatique de Ian Lafrenière, vice-premier ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique, révélait une émotion si vive qu’il dut écourter son point de presse. Quelques heures plus tard, lors de sa conférence de presse près du lieu du drame, le directeur du SPVM, Fady Dagher, apparaissait lui aussi profondément bouleversé. Présent à proximité, j’ai pu constater à quel point l’émotion était palpable. M. Dagher répétait qu’il avait croisé Mohamed Lamine à plusieurs reprises et qu’il était un homme remarquable.

Une telle réaction est parfaitement compréhensible. La disparition d’un policier touche l’ensemble du corps policier. Elle crée une profonde communion dans le deuil, renforce le sentiment d’appartenance et rappelle la vulnérabilité de celles et ceux qui portent l’uniforme. Chez Ian Lafrenière, ancien policier et militaire, cette douleur semblait particulièrement personnelle. Certaines appartenances ne quittent jamais un homme ; elles l’accompagnent jusqu’à la fin de sa vie.

La mort d’un policier du SPVM suscite la solidarité non seulement de tous les policiers du Québec, mais également celle de leurs collègues ailleurs dans le monde. Les frontières s’effacent devant une même réalité : chacun sait que le destin de l’un pourrait un jour devenir le sien. La disparition d’un policier en service ravive une fraternité profonde, faite de respect, de chagrin et d’une blessure partagée.

Pour Ian Lafrenière et pour beaucoup d’autres, Mohamed Lamine Benredouane est tombé en accomplissant son devoir jusqu’à son dernier souffle. Mais derrière l’uniforme représentant l’autorité de l’État québécois se trouvait également un jeune immigrant qui avait choisi de contribuer à l’essor de sa société d’adoption. En servant le Québec, il préparait aussi l’avenir de ses enfants, afin qu’ils puissent vivre pleinement leur appartenance à cette terre devenue la leur.

En donnant sa vie pour protéger celle des autres, Mohamed Lamine Benredouane a versé son sang sur cette terre qu’il avait choisie. Ce sacrifice laissera une empreinte durable dans la mémoire collective du Québec.

Sur le site du SPVM, on peut lire cette phrase empreinte de simplicité et de dignité : « Aujourd’hui, un des nôtres est tombé, mais il ne sera jamais oublié. »

Mohamed Lamine était arrivé au Québec à l’âge de neuf ans avec son frère jumeau, Ahmed, et ses deux sœurs. Il y a grandi, y a construit sa vie et a choisi de devenir policier afin de servir la population montréalaise et, plus largement, la société québécoise.

Lors de ses funérailles, auxquelles une foule impressionnante a pris part, un responsable religieux du Centre islamique du Québec, situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, a affirmé que, selon la tradition musulmane, celui qui donne sa vie pour sauver celle des autres est considéré comme un martyr. Cette déclaration témoignait de la profonde estime que lui portait sa communauté, venue en grand nombre lui rendre un dernier hommage.

Au cours de cette journée d’adieu, j’ai également été marqué par l’attitude du consul général d’Algérie, Mohamed Zergot, qui est demeuré auprès de la famille du défunt avec une grande discrétion et un soutien constant. Les quelques échanges que j’ai eus avec lui m’ont rappelé l’image de ces serviteurs de l’État que l’on admire pour leur intelligence, leur intégrité, leur humilité et leur dévouement envers leurs concitoyens.

Mohamed Lamine Benredouane, reposez en paix.

Puisse votre sacrifice demeurer vivant dans la mémoire des Québécois. Puisse également votre engagement inspirer vos enfants, qui grandiront comme des Québécois à part entière, dans cette société que vous avez servie jusqu’au sacrifice ultime.

Est-ce la fin de la sécurité publique au Québec?

Le choix d’avoir désormais un ministère de la Sécurité intérieure est loin d’être anodin.

Publié le 24 avril

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La première ministre Christine Fréchette et le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, lors de la cérémonie d’assermentation du Conseil des ministres du Québec, le 21 avril

« La sécurité est produite par la réparation des liens sociaux plutôt que par l’imposition d’une autorité. » – Howard Zehr

La nomination de Christine Fréchette à la tête du gouvernement du Québec marque un tournant politique important. En confiant à Ian Lafrenière, ministre de la Sécurité publique, le rôle de vice-premier ministre, Mme Christine Fréchette envoie toutefois un signal ambigu sur sa propre autorité politique. Ce choix soulève une question centrale : celle de la solidité du leadership et du capital charismatique nécessaires pour incarner pleinement la fonction de première ministre.

Il faut rappeler que Christine Fréchette devient la deuxième femme, après Pauline Marois (2012-2014), à occuper cette fonction dans l’histoire du Québec. Une avancée symbolique, certes, mais qui s’accompagne d’attentes élevées en matière de leadership politique, particulièrement dans un contexte où la personnalisation du pouvoir reste déterminante.

L’histoire politique offre pourtant des modèles contrastés. Margaret Thatcher, surnommée la « Dame de fer », a incarné un leadership affirmé, structuré autour d’une vision idéologique forte et d’une capacité à imposer son autorité au sein même de son gouvernement. Angela Merkel a privilégié un style plus discret, fondé sur la stabilité et la maîtrise des équilibres politiques. Dans les deux cas, leur autorité n’a jamais semblé dépendre d’un vice-chef de gouvernement jouant un rôle d’appoint ou de contrepoids politique.

Dans ce contexte, la place accordée à Ian Lafrenière interroge. Dans la foulée de sa nomination officielle comme vice-premier ministre, celui-ci a procédé à un changement symbolique en renommant son ministère de la Sécurité publique en ministère de la Sécurité intérieure. Cette modification, loin d’être anodine, traduit une volonté de repositionnement sémantique et politique, où le terme « public » disparaît au profit d’une logique plus centrée sur l’appareil étatique lui-même.

La première ministre a entériné cette décision dans le cadre du remaniement du 21 avril 2026, sans qu’un véritable débat public semble avoir été engagé sur sa portée. Ce type de transformation soulève une question de fond : jusqu’où les changements symboliques dans l’appareil gouvernemental reflètent-ils une vision politique cohérente, plutôt qu’un simple ajustement administratif ?

Historiquement, le ministère de la Sécurité publique s’inscrit dans la continuité des réformes institutionnelles amorcées dans les années 1980, lui-même héritier de l’ancien ministère du Solliciteur général du Québec. Cette évolution s’inscrivait alors dans la modernisation de l’État québécois issue de la Révolution tranquille, période charnière où les institutions publiques ont été profondément redéfinies.

Aujourd’hui, au-delà des changements de titres et des réorganisations ministérielles, c’est la question du leadership politique qui demeure centrale : un gouvernement se mesure-t-il à la solidité de son chef ou à l’équilibre des figures qui gravitent autour de lui ?

Le nom du ministère de la Sécurité publique du Québec, choisi sous Robert Bourassa, reflète une vision large de la sécurité. Il ne s’agit pas seulement de faire appliquer les lois, mais d’assurer la protection et le bien-être global de la population.

Ce texte fait partie de la section Opinion du journal Le Devoir, qui favorise une pluralité des voix et des idées en accueillant autant les analyses et commentaires de ses lecteurs que ceux de penseurs et experts d’ici et d’ailleurs.  opinion@ledevoir.comCourrier des idées.

HADJ ZITOUNI

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L’auteur est président du Mouvement Action Justice.

Publié le 24 avril

Levez-vous, vos cris et vos larmes ne serviront à rien !

MouvementActionJustice_Levez-vous-vos-cris-et-vos-larmes-ne-serviront-à-rien

Photo : MAJ

La veuve d’Abisay Cruz genou au sol, lors de la manifestation du 07 avril 2025.

Comment l’image d’une personne peut tomber au fond d’une mémoire et s’accrocher tout ce temps pour surgir à nouveau en guise d’obtenir une vie, une voix qui lui a été confisquée sans droit. 

Le 7 avril 2025 en après-midi, à l’angle de la 47e Rue et du boulevard Pie-IX, dans le quartier Saint-Michel à Montréal, j’ai croisé la veuve d’Abisay Cruz. Elle se trouvait en tête d’une manifestation organisée à la mémoire de son mari décédé quelques jours plus tôt.

Selon les circonstances rapportées, il aurait perdu la vie lors d’une intervention policière impliquant des agents du Service de Police de la Ville de Montréal, le SPVM. Un agent aurait maintenu son genou de manière prolongée et excessive sur le dos d’Abisay Cruz, un geste qui lui a été fatal.

Je l’ai suivie de près la veuve de Abisay Cruz, presque talonné. Nous avons marché côte à côte jusqu’à la 40e Rue, au milieu d’une foule qui réclamait à voix haute justice pour Abisay Cruz. Elle ne semblait pas consciente de la foule qui l’entourait et encore moins de ma présence. Elle clamait la mort injuste de son mari, répétant avec insistance que c’était la police qui avait tué son mari et tué également le père de son fils. Ses mots se bousculaient, se répétaient, se perdaient. On aurait cru qu’elle pleurait deux morts. Mais il n’y en avait qu’un seul. Un homme. Son mari et le père de son enfant.

À l’angle de la 40e Rue et du boulevard Pie-IX, elle ralentit le pas jusqu’à un arrêt total. Ce n’était pas l’essoufflement qui l’a clouée sur place, mais plutôt la scène devant elle : le poste de quartier 30 du SPVM, là où le policier impliqué directement dans la mort de son mari travaillait. Le poste se dressait devant elle, ceinturé par une escouade anti-émeute. Casques brillants, boucliers alignés comme une muraille métallique, et le bourdonnement des radios créaient une tension palpable donnant à la rue un air de champs de tension prêt à éclater. Dans cette atmosphère survoltée, la routine urbaine soudain s’est figée dans le temps et l’espace.

Ce n’était pas la première fois que je participais à un tel cortège, mais cette fois, la veuve d’Abisay Cruz dégageait quelque chose de particulier. Peut-être, l’intensité de sa douleur était trop forte, au point de me briser le cœur. Je remarquai que sa voix irritée commençait à la quitter peu à peu. Déterminée, elle avança quelques pas vers les policiers, comme pour leur demander s’ils voulaient bien lui tirer une balle, parce qu’elle n’éprouvait plus le désir de continuer à vivre.

Je me souviens de l’avoir retenue par le bras, de l’avoir fait reculer. Je sentais en elle cette impulsion prête à se jeter bras ouverts contre cette muraille de policiers, prête à rejoindre son mari, les pieds joints, comme pour franchir le monde d’un seul élan.

Cette scène nous ramène le goût amer de l’injustice qui nous monte à la gorge, un goût qui nous étouffe et nous vide de toute substance. Aurait-il été possible d’épargner la vie d’Abisay Cruz ? Ayant observé pendant des décennies la violence policière au Québec, je n’ai aucun doute : oui.

Et pourtant, une fois de plus, la justice n’a pas parlé. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales s’est prononcé le 03 mars 2026 : il ne déposera aucune accusation contre les policiers soupçonnés d’avoir usé une force excessive lors de son arrestation. Cette absence de responsabilité ne surprend pas. Trop souvent, l’impunité prévaut là où la protection et la justice devraient être.

Abisay Cruz n’est pas qu’un nom dans un dossier : maintenant, il symbolise un système qui échoue à protéger les plus vulnérables. Tant que ces injustices resteront ignorées, notre société continuera de porter le poids de ce silence.

Cet après-midi du 07 avril 2025, le vent mordait encore les joues. Au milieu de la 40e Rue et le boulevard Pie-IX, la veuve d’Abisay Cruz a fini par poser un genou sur l’asphalte, ses mains crispées autour d’un haut-parleur. Sa voix tremblante se transformait presqu’en hurlement, en cri déchirant :  « Justice pour Abisay! Justice pour Abisay ! SVP, justice pour Abisay…! »

Autour d’elle, la foule reprenait en chœur : « Justice pour Abisay!… »

Je me suis mis à sa hauteur, appareil photo à la main, comme on s’incline devant une tragédie, prêt à capter cet instant de souffrance, suspendue, presque sacrée, crucifiée sous mes yeux.


En me redressant, je lui adressai d’une voix ferme, étrangère à la détresse ambiante : « Levez-vous, madame… vos cris et vos larmes ne serviront à rien! »

Cette photo que je venais de prendre est devenue la mienne. Elle m’a inspiré aussi le titre d’un premier livre que le Mouvement Action Justice lancera les prochains jours : L’Odyssée des injustices au Québec. Un recueil de faits vécus qui paraîtra le 20 avril 2026. Ce moment de douleur déchirante avec la veuve d’Abisay Cruz figé dans l’image témoigne de l’intensité d’une injustice, mais aussi de la nécessité de la raconter.

Hadj Zitouni

Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits 

16 avril 2026.

L’État québécois sous le feu d’une insulte

Note au journal Le Devoir :

Mouvement Action Justice perçoit comme restrictives et préoccupantes les décisions éditoriales négatives à propos de la publication des articles signées par Hadj Zitouni. Malgré l’intérêt public des articles soumis à votre journal, et les refus successifs de les publier, nous poursuivrons nos communications sur les réseaux sociaux. Notre participation au débat public continue avec détermination, constance et conviction.

L’équipe de Mouvement Action Justice

Cracher des grossièretés à l’endroit d’une policière qui ne faisait que son travail constitue une aberration et peut également relever d’une infraction criminelle. Le caractère des propos intimidants visait à entraver l’exercice de ses fonctions.

Il est donc inexact de prétendre qu’aucune poursuite ne pourrait être engagée contre cette personne, dont l’attitude semble motivée par une hostilité marquée envers les policiers.

L’outrecuidance de cet individu l’a conduit à divulguer un élément de preuve accablant contre lui-même. Insulter un policier dans l’exercice de ses fonctions n’est pas un phénomène nouveau. Il arrive que certains policiers abusent de leur autorité au point de pousser des contrevenants à réagir de manière excessive. Je ne dis pas que c’est la meilleure chose à faire, mais ce genre de dérapage peut survenir.

Dans le cadre de mon travail, je rencontre régulièrement des personnes qui affirment avoir été victimes d’abus policiers. Dans bien des cas, lorsque des interventions policières semblent abusives, les personnes visées se retrouvent elles-mêmes accusées, en vertu des articles 129 et 139 du Code criminel, pour entrave ou résistance.

Faute de preuves immédiates pour contester la version policière, ces victimes sont fréquemment contraintes d’entreprendre des démarches judiciaires longues et complexes pour se défendre contre des accusations qu’elles jugent injustifiées.

Cette réalité met en lumière un déséquilibre préoccupant entre les citoyens et les forces de l’ordre. Elle soulève aussi des questions quant à l’accès réel à la justice et à la protection des droits, en particulier pour les personnes se trouvant dans une situation vulnérable.

Il est compréhensible que l’administration de l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante, ait fait preuve de prudence face aux demandes de M. Dagher, directeur du Service de police de la Ville de Montréal, ainsi que de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, visant à adopter un règlement interdisant aux citoyens d’insulter les policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Une telle mesure, bien qu’elle puisse sembler légitime pour protéger les policiers, risque d’aggraver la situation plutôt que de l’améliorer. Interdire les insultes repose sur une notion floue et subjective, difficile à définir juridiquement. Cela ouvre la porte à des interprétations arbitraires et à des abus potentiels.

Dans ce contexte, des policiers pourraient accuser des citoyens sur la base de perceptions personnelles, ce qui créerait un déséquilibre important entre l’autorité policière et les droits des individus. Une telle dynamique risquerait d’éroder la confiance du public envers la police.

La liberté d’expression, protégée par les chartes, inclut le droit de critiquer les institutions et leurs représentants. Restreindre ce droit pourrait entraîner des dérives et une judiciarisation de comportements qui ne constituent pas une réelle menace à l’ordre public.

La prudence de l’administration municipale apparaît justifiée : plutôt que d’adopter un règlement aux contours incertains, il est préférable de privilégier des mesures équilibrées qui protègent à la fois les policiers et les droits fondamentaux des citoyens. La nouvelle mairesse a pris la même réflexion que sa précédente en déclarant, qu’il est trop tôt pour déterminer si Montréal a besoin d’un règlement pour empêcher les insultes contre les policiers.   

Maintenant, que l’Assemblée nationale exprime son indignation face aux propos visant cette jeune policière est légitime. Suggérer, même à demi-mot, qu’une communauté entière soit mise en cause en raison du prénom du forcené franchit une ligne dangereuse.

Plus préoccupant encore : la récupération et l’instrumentalisation de ces propos, notamment la misogynie et la question du caractère culturel, par l’État à des fins politiques. Une telle dérive interroge le respect du principe d’impartialité et révèle un malaise profond dans le fonctionnement de notre démocratie.

Hadj Zitouni

Président du Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits

Montréal, 02 avril 2026

La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

MouvementActionJustice_LaPresseLogo Extrait-de-l’article-paru-dans-le-journal

La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

On ne peut pas tuer des enfants parce qu’ils ont un look auquel on n’est pas habitué

« Je suis le père d’un enfant de l’âge de Nooran et je me suis mis à la place de la famille. C’est bouleversant », renchérit Hadj Zitouni, directeur général du Mouvement action justice. Il participe à cette manifestation annuelle depuis 20 ans, souligne-t-il.

À son avis, la classe politique québécoise doit mettre fin à l’« impunité policière ». M. Zitouni estime que les agents fautifs ne subissent pas de conséquences pour leurs actions. Il parle de la mort de Nooran Rezayi comme une « ligne qui a été franchie », un acte de violence contre un adolescent qui « n’était pas menaçant pour lui, ses amis ou les policiers ».

MouvementActionJustice_PhotoDenisGermain

PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Pour Hadj Zitouni, l’impunité policière est le cœur du problème.

Manifestation contre la brutalité policière

Devant les Bureaux des Enquêtes Indépendantes (BEI)

Longueuil

15 mars 2026