L’État québécois sous le feu d’une insulte

Note au journal Le Devoir :

Mouvement Action Justice perçoit comme restrictives et préoccupantes les décisions éditoriales négatives à propos de la publication des articles signées par Hadj Zitouni. Malgré l’intérêt public des articles soumis à votre journal, et les refus successifs de les publier, nous poursuivrons nos communications sur les réseaux sociaux. Notre participation au débat public continue avec détermination, constance et conviction.

L’équipe de Mouvement Action Justice

Cracher des grossièretés à l’endroit d’une policière qui ne faisait que son travail constitue une aberration et peut également relever d’une infraction criminelle. Le caractère des propos intimidants visait à entraver l’exercice de ses fonctions.

Il est donc inexact de prétendre qu’aucune poursuite ne pourrait être engagée contre cette personne, dont l’attitude semble motivée par une hostilité marquée envers les policiers.

L’outrecuidance de cet individu l’a conduit à divulguer un élément de preuve accablant contre lui-même. Insulter un policier dans l’exercice de ses fonctions n’est pas un phénomène nouveau. Il arrive que certains policiers abusent de leur autorité au point de pousser des contrevenants à réagir de manière excessive. Je ne dis pas que c’est la meilleure chose à faire, mais ce genre de dérapage peut survenir.

Dans le cadre de mon travail, je rencontre régulièrement des personnes qui affirment avoir été victimes d’abus policiers. Dans bien des cas, lorsque des interventions policières semblent abusives, les personnes visées se retrouvent elles-mêmes accusées, en vertu des articles 129 et 139 du Code criminel, pour entrave ou résistance.

Faute de preuves immédiates pour contester la version policière, ces victimes sont fréquemment contraintes d’entreprendre des démarches judiciaires longues et complexes pour se défendre contre des accusations qu’elles jugent injustifiées.

Cette réalité met en lumière un déséquilibre préoccupant entre les citoyens et les forces de l’ordre. Elle soulève aussi des questions quant à l’accès réel à la justice et à la protection des droits, en particulier pour les personnes se trouvant dans une situation vulnérable.

Il est compréhensible que l’administration de l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante, ait fait preuve de prudence face aux demandes de M. Dagher, directeur du Service de police de la Ville de Montréal, ainsi que de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, visant à adopter un règlement interdisant aux citoyens d’insulter les policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Une telle mesure, bien qu’elle puisse sembler légitime pour protéger les policiers, risque d’aggraver la situation plutôt que de l’améliorer. Interdire les insultes repose sur une notion floue et subjective, difficile à définir juridiquement. Cela ouvre la porte à des interprétations arbitraires et à des abus potentiels.

Dans ce contexte, des policiers pourraient accuser des citoyens sur la base de perceptions personnelles, ce qui créerait un déséquilibre important entre l’autorité policière et les droits des individus. Une telle dynamique risquerait d’éroder la confiance du public envers la police.

La liberté d’expression, protégée par les chartes, inclut le droit de critiquer les institutions et leurs représentants. Restreindre ce droit pourrait entraîner des dérives et une judiciarisation de comportements qui ne constituent pas une réelle menace à l’ordre public.

La prudence de l’administration municipale apparaît justifiée : plutôt que d’adopter un règlement aux contours incertains, il est préférable de privilégier des mesures équilibrées qui protègent à la fois les policiers et les droits fondamentaux des citoyens. La nouvelle mairesse a pris la même réflexion que sa précédente en déclarant, qu’il est trop tôt pour déterminer si Montréal a besoin d’un règlement pour empêcher les insultes contre les policiers.   

Maintenant, que l’Assemblée nationale exprime son indignation face aux propos visant cette jeune policière est légitime. Suggérer, même à demi-mot, qu’une communauté entière soit mise en cause en raison du prénom du forcené franchit une ligne dangereuse.

Plus préoccupant encore : la récupération et l’instrumentalisation de ces propos, notamment la misogynie et la question du caractère culturel, par l’État à des fins politiques. Une telle dérive interroge le respect du principe d’impartialité et révèle un malaise profond dans le fonctionnement de notre démocratie.

Hadj Zitouni

Président du Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits

Montréal, 02 avril 2026

La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

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La Presse, 17 mars 2026

Extrait de l’article paru dans le journal La Presse le 17 mars 2026

William Thériault La Presse

On ne peut pas tuer des enfants parce qu’ils ont un look auquel on n’est pas habitué

« Je suis le père d’un enfant de l’âge de Nooran et je me suis mis à la place de la famille. C’est bouleversant », renchérit Hadj Zitouni, directeur général du Mouvement action justice. Il participe à cette manifestation annuelle depuis 20 ans, souligne-t-il.

À son avis, la classe politique québécoise doit mettre fin à l’« impunité policière ». M. Zitouni estime que les agents fautifs ne subissent pas de conséquences pour leurs actions. Il parle de la mort de Nooran Rezayi comme une « ligne qui a été franchie », un acte de violence contre un adolescent qui « n’était pas menaçant pour lui, ses amis ou les policiers ».

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PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Pour Hadj Zitouni, l’impunité policière est le cœur du problème.

Manifestation contre la brutalité policière

Devant les Bureaux des Enquêtes Indépendantes (BEI)

Longueuil

15 mars 2026

Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière

Le Collectif opposé à la brutalité policière, le COBP opère depuis presque 30 ans (1997). La ville de Montréal est son noyau et le point de départ de ses débuts. Tous les 15 mars de chaque année, ce mouvement invite la population de la province de Québec à se mettre en marche contre la brutalité policière. Son étincelle s’est allumée sur un trop plein de violences policières et jusqu’à date, elle refuse de s’éteindre. 

Depuis son lancement, la manifestation contre la brutalité policière n’a ressenti aucun essoufflement dans ses rangs et elle n’a effectué aucun changement de cap non plus. Le Service de la Police de la Ville de Montréal, le SPVM, avec la complicité des médias traditionnels, a tout fait pour étouffer ce collectif, le noyer, le mettre à terre sans succès aucun. Incontestablement, les militants, les victimes et les témoins d’abus policiers qui cherchent à obtenir de vraies réformes ne sont pas prêts à abandonner ce combat. 

Débordements de manifestants, violence, émeutes, vandalisme, affrontements avec les forces de l’ordre, vitrines de commerces en éclats, lancement de projectiles et j’en passe, les médias continuent à nous représenter la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière d’une manière biaisée et stigmatisante. Ils vont jusqu’à la criminaliser. Malgré tout, elle demeure l’expression la plus noble et légitime d’un mécontentement populaire au Québec et ailleurs dans le monde. Depuis une vingtaine d’années, le nombre des perturbateurs qui se joignent à la manifestation dans les rues de Montréal, n’a jamais dépassé 2% des manifestants et encore, on peut se demander si ce 2% n’est pas mené par des vents hostiles à faire avorter l’évènement ? 

Une chose est certaine, dans ce peu qui nous reste d’une démocratie mise à l’épreuve, la population est malheureusement induite en erreur, détournée vers un écran de fumée opaque qui tente de l’insensibiliser au drame de l’impunité policière qui s’accroît, jour après jour, pour atteindre un sommet alarmant. 

Quand un policier interpelle une personne sous le seul prétexte de la couleur de sa peau ou ses allures culturelles, qu’elle soit noire, arabe ou latino, ou encore qu’il décide d’enlever la vie à un enfant ou à un adolescent qui ne présentait aucune menace, ni pour lui, ni pour les autres, et encore moins au flic qui l’a tué, je pense que nous avons un grave problème de société à régler.  

À la veille de cet évènement annuel contre la brutalité policière, je demande aux médias qui s’attardent devant une vitrine en éclats qui fait probablement leur bonheur, ou devant une poubelle de rue mise à feu qui les enflamment en mots et en images : Parlez des vrais problèmes qui menacent la sécurité publique. Votre silence sur l’impunité policière au Québec doit vous faire honte. Allez interroger, par exemple, notre premier ministre sortant. Demandez-lui pourquoi il a nommé un ardent policier au poste de ministre de la Sécurité publique?  À la rigueur d’une nomination partisane, il aurait pu faire de lui, un ministre de la Sécurité et de la Protection des policiers au Québec. Aucun souci avec ça, on va finir par l’avaler cette couleuvre. 

La manifestation annuelle contre la brutalité policière est une contestation tout à fait légale, légitime, juste et nécessaire. Elle demeure debout, contestataire à travers les années, fidèle à son rendez-vous malgré les intempéries, la répression policière et les arrestations illégales de masses. Elle mérite fortement un hommage à ses sacrifices, à son courage, à sa détermination, au message qu’elle livre à la population : les réformes se font avec la solidarité et la prise de conscience de toute la population. 

Le Mouvement Action Justice rend hommage au COBP, moteur vibrant de cette manifestation annuelle contre la brutalité policière, pour afficher sa prise de conscience, pour son action et d’avoir choisi la Ville de Longueuil comme point de rassemblement 2026 pour cette nouvelle marche annuelle contre la brutalité policière. Le lieu ramène en mémoire Nooran Rézayi, cet enfant qui nous a quittés sous les balles d’un policier indigne qui avait le doigt trop vite sur la gâchette.     

Le lieu de rassemblement se tiendra devant le bureau des enquêtes, soi-disant, indépendantes de la Ville de Longueuil. Rattrapera-t-il le camouflet de la manifestation du 27 et 28 septembre 2025 à la mémoire de Nooran? 

La Presse avait intitulé la première : Une marche silencieuse pour l’adolescent tué par un policier. Pour être silencieuse, ah oui, elle était même trop silencieuse. Lors de cette manifestation, quand l’enseignante de Nooran est venue nous voir dans sa robe de grand-mère pour nous dévoiler l’itinéraire de la marche, je lui ai demandé qui était derrière son plan? Elle balbutiait des mots écorchés par l’incertitude pendant que l’oncle de Nooran déchiré par la douleur la suppliait d’emprunter les grandes rues de la ville pour gonfler les rangs de la marche. Malheureusement, les dés étaient pipés d’avance; on a traîné les manifestants comme un troupeau à un terrain de soccer clôturé en acier, pas trop loin du lieu de la tragédie. C’était plutôt un cortège mortuaire exclut de toute dépouille en voie d’enterrer ce qui nous reste du droit de manifester. 

Au premier rang, les dos contre la clôture, il y avait les parents de Nooran, sa sœur, son petit frère dans les bras de sa mère et un député de Québec Solidaire. Ce dernier faisait pitié dans l’impasse du décor. Tous dans un silence funèbre ont prononcé quelques mots partagés entre la douleur de la perte d’un être cher et un exercice de prendre la parole devant une foule malmenée.

MouvementActionJustice Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière

Photo: La Presse, septembre 2025

Marche commémorative du décès du jeune Nooran Rezayi mort sous les balles d’un policier de Longueuil.

Longueuil, 28 septembre 2025

La seconde manifestation en mémoire de Nooran, celle du 28 septembre 2025, je l’ai intitulée, la manifestation du trottoir. Le Service de la Police de la Ville de Longueuil, dont le policier qui a tué l’enfant Nooran fait partie, a déployé un dispositif de grande envergure. Parmi ce dispositif, une escouade avec des boucliers descendue des autobus en tapant sur leurs boucliers. Un signal de guerre d’une intimidation spectaculaire alors que les manifestants étaient en majorité des jeunes et des parents avec leurs enfants qui venaient rendre hommage à Nooran. Tout le monde avait compris qu’eux aussi auraient pu perdre leur propre vie ou celle de leur(s) enfant (s) à la place de Nooran Rezayi. 

C’est du jamais vu! On impose aux participants d’une manifestation d’un tel drame de se tenir, tout le long de la marche, sur les trottoirs. Quelle humiliation!  

Et quand l’un des manifestants s’écartait du trottoir pour descendre sur la chaussée de la rue ou du boulevard, les anti-émeutes se précipitaient pour le pousser violemment avec leurs boucliers en le projetant pour qu’il rejoigne le trottoir à défaut de quoi, il se verrait en état d’arrestation. 

Il n’y a rien à féliciter ici. 

Remarque : 

  1. J’invite le chef de la police de la Ville de Longueuil à relire les droits des manifestants dans une société dite démocratique. 

Le meurtre de Nooran Rézayi mérite une voix, une marche beaucoup plus que sur un trottoir. Il s’agit d’une contestation légitime qui ne devrait pas être repoussée par une répression policière brutale.  

  1. Le 15 mars prochain, j’invite la Ville de Montréal à ne pas interrompre la ligne jaune du métro qui mène à Longueuil afin de préserver le droit de chaque citoyen qui le souhaite à participer à la manifestation annuelle contre la brutalité policière.
  2. Il ne faut pas nourrir la brutalité policière par le manquement éthique d’un ou deux manifestants. 
  3. Finalement, Bravo COBP. L’initiative du lieu de ce rassemblement est parfaite. La cible est bien choisie. Les cordes vont éventuellement bouger sans forcément émettre un son et attendre une nouvelle berceuse qui se prépare dans les jours, les mois, les années qui viennent.

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Par Hadj Zitouni

Président du Mouvement Action Justice.

Vendredi, le 13 mars 2026

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Crédit photo:

Dans l’article intitulé Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière signé Hadj Zitouni, de Mouvement Action Justice

la mention du crédit photo a été oublié d’être mentionnée. Nous sommes désolés pour l’erreur.

La photo insérée dans l’article devrait être montrée comme suit:

MouvementActionJustice Hommage au COBP pour la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière

Photo: La Presse, septembre 2025

Il n’y aura pas de justice pour Nooran Rezayi

Les élèves de la classe de Nooran Rezayi sont revenus sur le lieu de la fusillade pour rendre un dernier hommage à leur ami.
Quasiment encore tous des enfants et déjà en deuil.
Photo du MAJ, 27 septembre 2025

Hadj Zitouni
Mouvement Action Justice
Organisme en défense des droits

Mercredi, 16 octobre 2025

Au long de ce petit texte, nous n’avons d’autre choix que de classer le jeune Nooran Rezayi dans les rangs des enfants bien que certains préfèrent le ranger dans la colonne des ados. Publiquement, le père de Nooran n’a cessé de répéter que la police avait tué son bébé.

Étreignant le corps inanimé de son fils dans un dernier adieu, le père infligé nous a confirmé en toute évidence que son fils n’était encore qu’un enfant.  De ce fait, qu’on le veuille ou non, au moment d’être criblé par balles, Noorran Rezayi n’était bel et bien qu’un enfant. Le bureau d’enquêtes indépendantes (le BEI) devra considérer largement cette affirmation, puisque la dissemblance enfant-adulte, dans ce cas, est considérablement distincte.                                                                         

Cet après-midi-là, tous les amis de Nooran se sont sauvés à la vue des policiers, sauf lui, qui a obtempéré à l’ordre des policiers lui demandant de s’arrêter. Il n’a suffi d’à peine quelques secondes pour que, figé sur place, les mains en l’air, Nooran Rezayi soit abattu.

Au moins un témoin a confirmé que le policier qui a fait feu en direction de Nooran lui avait demandé s’il était armé ? En absence de toute preuve contraire à celle-ci, Nooran a répondu :

  • Non

 Maintenant, explorons l’hypothèse médiatique première prétendant que Nooran ait « tenté » de rediriger une de ses mains pour ouvrir son sac à dos dans l’intention de montrer au policier qu’il n’avait effectivement aucune arme sur lui.  Hypothèse peu probable en absence de toute preuve contraire à celles de d’autres témoins affirmant que Nooran n’a jamais « tenté » d’ouvrir son sac à dos. Certains encore ont attesté fermement que Nooran n’a pas bougé même un seul un doigt avant d’être abattu.

Ceci laisse une dernière hypothèse avancée par d’anciens policiers, accentuant le soupçon que l’enfant n’avait pas les mains en l’air, mais plutôt que ses mains étaient dérobées à la vue du policier. Voici, ce qui a créé un suspense et qui a augmenté le niveau de crainte de notre flicard.  

Voilà, c’est sûr, l’une de ces hypothèses sur laquelle le bureau des enquêtes indépendantes, le BEI, va se pencher. Autrement dit, toute l’enquête du BEI se jouera sur cet instant précis de l’intervention pour mesurer l’écart de la bavure. Les autres détours sont des futilités pour gagner du temps en sachant très bien qui n’apporteront rien au bien-fondé de l’enquête.

Le mécanisme de toutes les hypothèses qui portaient sur les gestes ou les mouvements de Nooran au moment de la tuerie témoignent d’une conduite innocente dans un esprit d’enfant qui ignorait l’aveuglement, voire la gravité de la menace qui pesait sur lui. 

Rappelons que Nooran fut atteint par une première balle et dans sa chute vers le sol, il reçut une deuxième balle. Beaucoup sont intrigués par le déploiement d’un second coup de feu doublement meurtrier. Force excessive nullement justifiée, fortement inutile puisqu’il s’agissait d’un enfant. Une arme à feu a été déployée pour neutraliser et éliminer définitivement une cible. Laquelle?

  • Un enfant.

La peur, la crainte du policier dans cette intervention ratée est un facteur aggravant, voire responsable direct de la tuerie. Au moment du drame, le policier a démontré qu’il était pleinement habité par une de ces frousses qui altèrent le jugement et la prise de décision chez les pleutres et les trouillards.  

Bien qu’expéditivement deux regards se sont croisés :  celui d’un enfant tétanisé à la vue d’une arme à feu pointée vers lui et celui du policier qui s’imaginait entouré d’un péril imminent. Ici, ni le visage enfantin de ce gosse, ni l’effroi, ni la terreur qui le couvraient n’ont réussi à faire plier le policier à ralentir avant d’appuyer sur la détente à pied levé et atteindre sa cible directement.

Faire feu une seconde fois sur un enfant ?

Faire feu une seconde fois sur un enfant au moment qu’il s’écroule par terre, témoigne de l’état d’esprit de ce policier. Vraisemblablement, il était sous l’emprise d’une anxiété intense, inadmissible et inappropriée pour une personne qui doit assurer la sécurité publique.

Il est troublant de constater qu’au Québec, nous avons des agents de la paix qui tirent plus vite que leurs ombres. Dans les dessins animés, Lucky Luke le fait pour distraire les enfants, ici on le fait pour les tuer. 

Incontestablement, ce n’est pas tout le monde qui peut être policier. Comme certains le disent, dans une bavure comme celle-ci, il faut désigner un responsable. Est-ce le policier qui a tué cet enfant ou l’employeur du policier, sinon s’agit-il d’un système réellement éraillé en attente de pièces de rechanges?

Si c’est le cas, disons que ça presse.  Arrêtez de tuer des innocents!

Finalement, nous ne prédisons pas, nous confirmons plutôt qu’il n y’aura malheureusement pas de justice pour Nooran Rezayi. Que l’enquête soit menée par le BEI, par le SVPM ou par tous corps policiers confondus, l’esprit reste le même. Encore que l’enquête soit immiscée par un public avide de justice, converti en enquêteur en quête d’une justice improbable et précaire, sachez que toute investigation poussée dans ce sens est condamnée à mourir dans sa coquille.

 Nooran Rezayi est mort, point à la ligne. Il va rejoindre la liste des personnes inutilement tuées par la brutalité policière.

En revanche, il y aura la lenteur du temps, beaucoup de recommandations à répétitions, des couvertures médiatiques traditionnelles, d’autres à la pige, tous bavards et hypnotisant une population qui pique déjà du nez.  Et l’impunité policière continuera son chemin comme si rien ne s’était passé ce dimanche après-midi du 21 septembre 2025.

Espérant que la vie perdue de cet enfant raisonnera dans un semblant de justice, que son écho soit entendu pour radier à vie ce tueur du corps policier et pousser à l’extrême les exigences pour accéder à la formation et à la sélection de nos futurs policiers.  Même un peu de courage et un peu de sévérité pourraient mettre de l’ordre dans une justice malmenée face à un constat déplorable.

***

L’extension d’un crime d’État au Québec

M. Hervé Bertrand, président des orphelins institutionnalisés de Duplessis et l’auteur de ces lignes au Cimetière de Laval. Le 27 août 2025, dans un même temps, même heure, M. Hervé Bertrand a enterré sept de ses confrères et consœurs, tous enfants orphelins de Duplessis. Aucun représentant du gouvernement du Québec n’était présent.

Par Hadj Zitouni, le 12 septembre 2025.

Mouvement Action Justice

« Aujourd’hui, la voix des enfants de Duplessis s’éteint peu à peu. Il est urgent de préserver leur mémoire, de ne pas oublier la violence institutionnelle qu’ils ont subie et l’injustice qui a perduré… Ce regroupement de survivants, présidé par Hervé Bertrand visait à briser le silence sur un pan tragique et douloureux de notre histoire »

Déclaration de Mme. Ruba Ghazal, députée de Mercier

à l’Assemblée nationale du Québec, 03 juin 2025.

Les quelques survivants qu’ils restent des orphelines et orphelins institutionnalisés de Duplessis sont rendus à un âge avancé, vulnérables, voire proches du terminal. Le gouvernement de M. François Legault et ceux qui l’ont précédé, embarrassés par l’insistance de leurs revendications, ont fini par confier leur sort à l’usure du temps. Ce dernier a le pouvoir suprême d’éteindre leurs voix, l’une après l’autre et les faire disparaître une bonne fois pour toute de l’histoire du Québec. L’élaboration de ce stratagème découle de lui-même, comme en science-fiction, sans jamais désigner un vrai coupable, sinon les erreurs d’un épisode terriblement mal tourné de l’histoire. 

Rencontre avec les attachés politique de la députée Mme Ruba Ghazal

Le 23 avril 2025, je servais comme béquille de déplacement à M. Hervé Bertrand, président du Comité des orphelines et orphelins institutionnalisés de Duplessis. Son corps ne tenait pas droit, ses jambes avaient de la difficulté à le porter et son regard s’accrochait plutôt au sol pour éviter de trébucher.  Il avait un rendez-vous avec Mme Ruba Ghazal, députée de Mercier. Elle n’était pas à son bureau sur le plateau Mont-Royal madame la députée. Un rendez-vous raté dû, peut-être, à la mémoire imprévisible de M. Hervé Bertrand, qui lui jouait parfois des mauvais tours. 

M. Hervé Bertrand tenait résolument à ne pas manquer ce rendez-vous. Cette assignation lui semblait l’ultime voix qui lui restait. Par l’entremise de madame la députée, il espérait évacuer des mots qui se bousculent en lui, qui s’enflamment en souvenirs tristes et douloureux d’une existence meurtrie. Il veut montrer au monde la suite d’un témoignage d’histoire percutant, chargé de désolation, de souffrance de la vie de milliers d’enfants québécois dont la plus grande majorité nous a quitté. Transmettre de son vivant son ultime cri de détresse aux membres de l’Assemblée nationale du Québec. 

À notre arrivée aux bureaux de la députée, Mme Ruba Ghazal brillait par son absence. Mais nous avons été chaleureusement accueillis par ses attachés politiques et son équipe de soutien administratif. Tolérant l’absence de la députée, M. Hervé Bertrand s’est confié en douceur à cette équipe hautement dévouée à la ligne du parti. Le cercle est resté captif à l’écoute tout le long de la rencontre.

M. Hervé Bertrand au centre et l’auteur de ces lignes à sa droite avec l’équipe d’attachés politiques de M. Ruba Ghazal, députée de Mercier, le 23 avril 2025 dans le bureau de la députée sur le Plateau-Mont-Royal.

M. Hervé Bertrand interrompait sa narration entre chaque chapitre de son histoire en jouant de l’harmonica proustienne. À ce moment précis, il se souvient de tout comme si sa vie d’orphelins institutionnalisée de Duplessis défilait devant ses yeux. À certains passages du récit, la gorge de M. Hervé Bertrand se nouait et ses yeux se remplissaient de larmes. Il reprenait illico son harmonica et rejouait de courtes compositions larmoyantes avec ce petit instrument qui ne le quitte jamais. L’émotion fut palpable, voire contagieuse dans l’audience. Le camp de la députée inclinait la tête, les yeux mi-clos comme pour une prière de recueillement historique. 

Lègue historique en absence de l’État

M. Hervé Bertrand vient tout juste de léguer aux archives de l’Université Concordia des éléments de preuves, des traces de crime d’État qu’il a subi avec tant d’autres enfants : objets, manuscrits, enregistrements audios qui racontent des faits de sa vie perturbée, violée, détruite par le gouvernement de Maurice de Duplessis et l’évolution de ce crime dans le temps. Il a tout emballé, « paqueté » comme il le disait si bien M. Hervé Bertrand l’histoire de son enfance, sa jeunesse, sa vie d’adulte et son vieillissement dans des cartons, des boîtes à l’image d’une personne qui se prépare pour déménager d’un lieu à l’autre.  

La passation légale de cet héritage se finalisera ce samedi 13 septembre 2025 à Saint-Anne-des-Plaintes, chez lui en présence de sa famille et de ses proches. M. Hervé Bertrand se sent de plus en plus persécuté par la vieillesse et l’épuisement. Ces souvenirs qui l’ont tellement préoccupé, angoissé, voire obsédé, semblent insensiblement s’altérer. La fatigue, les oublis et les distractions témoignent de ce constat.   

Des excuses et des hommages sont insuffisants pour écrire l’histoire

Le 03 juin 2025, le témoignage relayé à la députée par son équipe avait raisonné en elle comme un véritable électrochoc. Devant un Premier ministre lourdement sourd ou absent à entendre les survivants des orphelins de Duplessis, Mme Ruba Ghazal s’est levée avec courage pour rappeler littéralement, tout droit aux membres de l’Assemblée nationale et au peuple québécois, que ces victimes de la période noire du Québec ne sont pas toutes enterrées, qu’il en reste quelques-unes et quelques-uns qui refusent de mourir avant de s’assurer que leur histoire ne tombe pas dans l’oubli. Madame la députée a clos son intervention en rendant hommage à ces miraculés. 

Déclaration de Madame Ruba Ghazal, députée de Mercier à l’Assemblée nationale, le 3 juin 2025, en hommage aux orphelins institutionnalisés de Duplessis.

Les gouvernements successifs au Québec ont tous sans exception aucune tenté d’étouffer l’histoire dramatique de ces survivants. Ce désir d’effacer de l’histoire du Québec ce terrible décret Duplessiste perdure depuis le gouvernement de Paul Sauvé qui a succédé à Maurice Duplessis jusqu’à l’actuel de M. François Legault qui a refusé d’entendre les doléances de M. Hervé Bertrand. M. Bertrand se rappelle, preuve à l’appui, d’être allé rencontrer le Premier ministre à son bureau le 16 décembre 2019 à l’Assomption. M. Hervé Bertrand était accompagné de la députée de sa circonscription, Mme Lucie Lecours. Notre Premier ministre a doublement bouché ses oreilles. Il ne voulait rien savoir ni de la tragédie des orphelins de Duplessis et encore moins de leur histoire. 

Cet air insistant de nos politiciens à détourner habilement le dos et d’ignorer des pans marquants de l’histoire du Québec demeure incompréhensible. C’est Incroyable de remarquer la manière dont les chefs politiques, d’une époque à l’autre, s’alignent obstinément tous sur une même corde raide de défense pour clore ce paragraphe d’histoire qui refuse de se fermer.   

M. Lucien Bouchard, Le Premier ministre du Québec dans les années 1990, a bien renforcé cette ligne de défense en déclarant : « Si cette époque a connu son lot de misères et d’erreurs, elle se caractérise aussi par de nombreux exemples de grands dévouements ».  

Voilà comment exonérer la culpabilité mutuelle de cécité et de surdité volontaire des différents gouvernements. Leur inaction montre bien leur désir de fermer un chapitre parmi les plus sombre de l’histoire du Québec. Depuis la moitié du siècle dernier, nous sommes témoins de la dissimilation d’un crime d’État odieux qui se poursuit jusqu’à nos jours. 

Il faut rappeler qu’il s’agit de milliers d’enfant qui ont été arrachés à leurs mères, internés illégalement, faussement diagnostiqués et déclarés malades mentaux par le gouvernement de l’époque. Ces enfants ont été maltraités, violés, humiliés, exploités sur des fermes agricoles, ils ont subi de violents électrochocs expérimentaux et privés de toutes sortes d’instruction.  On les appelait les enfants du péché parce qu’ils étaient nés d’une relation hors mariage, ou venaient de familles trop pauvres pour subvenir à leurs besoins de base. Ces survivants se sont nommés eux-mêmes Orphelins de Duplessis, en référence au sort que Maurice de Duplessis leur avait infligé. Des prises de décisions gouvernementales qui ont assombri l’époque de Maurice de Duplessis dans les années 1930 à 1960 et entaché l’histoire du Québec.

Les victimes ont payé de leur vie leur crédulité

Durant ses années de règne M. Lucien Bouchard, ex Premier ministre du Québec, a claqué la porte avec sept décrets improvisés à une possible enquête publique. Il a refusé à ces victimes toutes sortes d’indemnisation individuelles.

Le cas par cas, ça ne fonctionne pas, dit-il, prétextant la complexité et le nombre des recours devant les tribunaux. Il a conduit l’ensemble des orphelines et orphelins de Duplessis, comme un troupeau vers un abattoir, vers un recours collectif insignifiant. 

Pour que ces piétinés de l’État arrivaient à toucher une indemnisation de misère, jugée à l’époque scandaleuse, il fallait signer une quittance interdisant toute poursuite contre les gouvernements fédéral et provincial. L’indemnisation était d’environ de 15,000$ à chaque survivant. Cette libération trompeuse fut lourdement acceptée au profit du gouvernement québécois sous le poids de la pauvreté, de la maladie, du vieillissement et de l’analphabétisme de ces victimes. 

M. Lionel Lambert, un Longueuillois qui faisait lui aussi partie de ce groupe, avait refusé de signer l’acquittement qu’il jugeait étriqué. Il me répétait à plusieurs reprises avant son décès en 2018, qu’il était incapable d’accepté ce montant qui représentait pour lui, non seulement une insulte, mais aussi une humiliation insoutenable.  Quelques temps avant de mourir à l’âge de 81 ans, il accepté de signer, pardonnez-moi l’expression, cette putain de quittance pour décharger sa famille les frais de ses funérailles. 

Je me souviens encore de Jean-Guy Labrosse, un autre orphelin de Duplessis que j’ai interviewé dans le cadre d’une émission de radio quelques années avant son décès en 2015. Il me parlait de son livre autobiographique intitulé « Ma chienne de vie ». Le timbre de sa voix témoignait beaucoup plus d’un traumatisme persistant qui, à coup sûr, l’a tiré à vau-de-route vers sa tombe. 

M. Henri Barnabé, l’orphelin de Duplessis qui m’a marqué le plus 

M. Henri Barnabé est décédé le 21 septembre 2021 à l’âge de 83 ans. Une grande amitié nous a liés durant plus d’une vingtaine d’années. Il faisait partie de ces hommes d’exception qu’on rencontre rarement au cours d’une vie. On le connaissait comme un ardent défenseur de la souveraineté du Québec, et on le remarquait à cause de ses qualités exceptionnelles. 

Dans les années 50, lorsqu’il était âgé de 12 ans, on l’a transféré de la crèche de la Miséricorde pour aller travailler gratuitement sur des fermes à Rigaud, en Montérégie. Il me décrivait ses six années passées dans cette seconde captivité comme une descente aux l’enfers. Puis il me racontait ses premiers jours en tant qu’homme libre. Il me décrivait comment il cherchait à acquérir des outils pour affronter un nouveau monde à titre adulte alors qu’il était officiellement faussement déclaré malade mental dans la société. 

Toutefois, il gardait toujours un amour indéfectible à sa terre natale, le Québec. Lorsque je lui reprochais cet amour envers cet État ingrat qui ne reconnaissait pas la valeur de ses enfants, il me répondait avec son air cocasse : n’oublie pas Hadj mon profil médical! Il rêvait qu’on lui enlève cette étiquette de malade mental qui l’accompagnait durant toute sa vie. Il s’est éteint avec ce faux diagnostic en me mettant la puce à l’oreille de l’histoire des orphelins de Duplessis. Il me laissa en héritage une casquette que je ne porterai jamais. Il a tenu à porter cette caquette jusqu’à son dernier souffle.  

Des faits marquants

Pour avoir côtoyer et interroger des orphelins institutionnalisés de Duplessis durant tant d’années, je me suis fait une profonde idée de ces victimes. Je les entrevoyais incarcérés dans des hôpitaux, des crèches et des centres psychiatriques expérimentaux. À force d’avoir entendu à plusieurs reprises, par différents individus, la description des mêmes scènes et mêmes traitements, je peux l’imaginer la crèche de la « Miséricorde » comme si j’y avais séjourné durant des années. 

Après la mort de Henri et avec mes entrevues avec M. Hervé Bertrand, la nuit je rêvais des corps d’enfants orphelins transportés dans des brouettes de l’ancien Hôpital-Saint-Jean de Dieu vers une ferme adjacente où ouvert un cimetière improvisé, appelé dans le temps « la soue à cochons ». Ce lieu de sépulture était le lieu d’étouffement de ces corps d’enfants orphelins de Duplessis et d’enfants autochtones non réclamés. 

La Société des alcools du Québec sise sur un cimetière d’enfants

Le 04 février 1980, devant la cour Supérieur du Québec, Sœur Marie-Levaque, religieuse de la Congrégation des Sœurs de la Charité de la Providence, a estimé que plus de 2000 enfants étaient enterrés dans ce lieu sans étendue exacte. Son témoignage a été produit dans le cadre du procès intenté par les contracteurs de la SAQ contre la SAQ elle-même pour les coûts excédentaires liés à la découverte accidentelle d’ossements d’enfants lors de la construction de son premier entrepôt, en 1975. 

Aujourd’hui, ce terrain vendu par les Sœurs de la Charité de la Providence appartient à la Société des alcools du Québec « SAQ », Société d’État. En 1979, M. François Legault, à l’époque ministre de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie, s’est rendu sur « la soue à cochons » et sans scrupule aucun, il lançait l’agrandissement du centre de distribution de la SAQ. 

Les fosses clandestines, les caveaux conçus pour dissimuler l’horreur d’hier sont vite recouverts de béton armé. La construction de ces bâtiments, l’agrandissement des entrepôts de la SAQ bardent « la soue à cochons » Ainsi on tente, encore une fois, d’effacer cette page d’histoire. On veut l’arracher à l’histoire du Québec à tout prix.

M. Hervé Bertrand à l’arrière, entouré d’autres orphelins institutionnalisés de Duplessis, Mme Kahentinetha Horn à sa droite.      Au centre avant : d’autres mères Mohawks et d’autres militants. Tous réunis à quelques mètres de « la soue à cochons » après une réunion tenue avec les représentants de la SAQ.  Montréal, 28 mars 2024.

Aucun monument n’est dressé à cet endroit en mémoire des victimes. Aucune fouille sérieuse et profonde n’a été complétée. Aucune volonté de déplacer les dépouilles de ces enfants enterrés dans ce lieu vers des cimetières respectables. Un geste qui serait peut-être considéré comme une mesure de réparation. Aucune préservation, ni protection de ces tombes et des sépultures anonymes.

Nestor et les Oubliés

Le 29 août 2025, M. Louis-Joseph Hébert, alias Nestor, un autre orphelin de Duplessis âgé de      87 ans appelle M. Hervé Bertrand. Il lui demande de lui rendre visite à l’hôpital Notre-Dame de Montréal.  Quelques jours auparavant, la police l’avait transporté à l’hôpital après l’avoir trouvé dans un état déplorable, couché par terre dans une allée de parc de la métropole du Québec. M. Louis-Joseph Hébert sentait ses jours comptés. La solitude et l’isolement pesaient lourdement sur une triste fin de vie qu’il voyait défiler devant lui.

M. Hervé Bertrand et M. Louis-Joseph Hébert, alias Nestor, à l’hôpital Notre-Dame de Montréal le 29 août 2025.

Affiche du film « Nestor et les Oubliés » (2006)

Nestor aussi n’est pas n’importe qui. Il était l’inspiration et le personnage principal du film de Benoît Pilon, intitulé Nestor et les Oubliés (2006). 

M. Louis-Joseph Hébert a joué Nestor et les Oubliés est l’image vivante des enfants orphelins crucifiés par Maurice Duplessis sur les croix des Frères de la Miséricorde du village d’Huberdeau dans les Laurentides au Québec. 

Trouver ce témoin de l’époque de la Grande Noirceur du Québec, à terre dans un parc au milieu de la nuit, corps dévoré par les punaises de lits, révèle un signe d’extrême pauvreté. La police était obligée de le transporter à l’hôpital pour qu’il soit l’hospitalisé. 

Selon lui, sa vie commence à prendre fin. Cet homme, jadis colosse et gaillard, est aujourd’hui affaibli par son vécu et les souvenirs d’une vie épouvantable. Toutefois, il demeure imminant témoin de plusieurs décrits liés aux orphelins de Duplessis, il porte la mémoire des orphelins institutionnalisés de Duplessis que le gouvernement québécois cherche à éclipser par la force de son mutisme.

M. Louis-Joseph Hébert, alias Nestor, a insisté pour que M. Hervé Bertrand non seulement lui rende visite à l’hôpital, mais aussi pour lui a demander d’apporter une enregistreuse afin d’enregistrer des bribes de souvenirs qui lui remontent en surface. Quand il m’a entendu parler de M. Henri Barnabé et le profond lien émotionnel qui nous lié, il m’a serré dans ses bras. Nestor aime les orphelins de Duplessis. Ils sont tous ses frères et ses sœurs nés d’une matrice saignante de l’histoire du Québec. D’ailleurs, M. Hervé Bertrand ne comprenait toujours pas pourquoi le gouvernement du Québec a rendu confidentielles les coordonnées des orphelins institutionnalisés de Duplessis. Ils n’ont jamais réussi à se regrouper tous ensemble, ces frères et sœurs d’âme. Leur Comité peine à retracer le peu de ces survivants à travers le Québec et ailleurs.

 « L’expression immédiate d’une douleur n’a rien à voir avec la littérature, sinon les hôpitaux seraient des maisons d’édition. » 

Jean-Pierre Milovanoff 

Emily ou la déraison (P.67)

L’histoire des orphelins institutionnalisé de Duplessis à l’étranger 

Il y’a quelques semaines, je m’entretenais avec une journaliste indépendante basée à Londres, Mme Simona Rata. Elle travaille sur un projet de podcast de six épisodes relatant l’histoire des enfants de Duplessis. J’étais impressionné par l’intérêt qu’elle porte à cette chronique de l’histoire du Québec. Elle cherchait à tout prix à interroger le maximum possible de ces survivants. Elle ne voulait surtout rien échappé de cette portion d’histoire qui lui tenait à cœur.

L’enterrement des orphelins institutionnalisés et l’absence de l’État

Le 27 août 2025 à 13h00, M. Hervé Bertrand et son vice-président, M. François Pelletier accompagné de Mme Kahentinetha Horn, grande militante, activiste des droits des autochtones, M. Philippe Blouin, PhD de l’université McGill, ardent défenseur des droits des autochtones se sont rendus au cimetière de Laval pour inhumer, le même jour, la même heure sept confrères et consœurs orphelins de Duplessis. Il s’agissait de M. Claude André Martin, Mme Micheline Baron, M. Ubald Cadieux, M. Marcel Desormeaux, M. Pierre Dupuis, M. Hector Irma, M. Serge Labranche. 

Le gouvernement de Maurice de Duplessis les avait arrachés de leur arbre généalogique pour faire d’eux des orphelins, des personnes sans racines, sans attaches réelles. Ils ont tous vécu pauvres, dispersés à travers le Québec et dans d’autres provinces canadiennes. Ils ont existé ou presque et sont morts dans une indifférence totale. Une fois incinérés au plus faible coût, le Curateur public envoie leurs urnes funéraires au Comité des orphelins de Duplessis pour les enterrer. Le Comité des orphelins institutionalisés de Duplessis a travaillé très fort pour obtenir un petit carré de terre au cimetière de Laval avec une pierre tombale en guise de monument à la mémoire de ces orphelines et orphelins institutionnalisés de Duplessis.

Les grands absents 

Pendant que je remettais au fossoyeur l’urne contenant les cendres de M. Pierre Dupuis, l’un des sept orphelines et orphelins de Duplessis, pour l’installer dans sa dernière demeure, une seule question pressée de douleur m’était venue à l’esprit, pourquoi, le Premier ministre du Québec ou l’un de ses représentants n’est-il pas à ma place? Notre Premier ministre a manqué une occasion en or pour refaire son image au sein de l’histoire du Québec.

Qu’en était-il des Ministres lors de ces enterrements, Mathieu Lacombe, Jolin Barette Simon, Rouleau Chantal, Ian Lafrenière ou Lionel Carmant.  

L’orgueil, l’ignorance et le désintéressement ne sont pas des signes de noblesse dans l’histoire d’un peuple. 

L’auteur de ces lignes en train de mettre en terre M. Pierre Dupuis, l’un des sept enfants orphelins de Duplessis enterrés le 27 août 2025 au cimetière de Laval, Québec.

Honoré d’être à cette cérémonie, je me sentis toutefois mal à l’aise, M. Pierre Dupuis, je ne le connaissais pas personnellement et je ne l’avais jamais rencontré. C’était au gouvernement du Québec d’être présent à cet instant.  C’est lui qui a coupé ces enfants de leurs arbres généalogiques. Ils sont partis seuls dans la vie et ils se sont rendus seuls à leurs tombes, sinon avec la présence de quelques honorables militants en défense des droits.

En portant entre les mains M. Pierre Dupuis, j’avais une forte pensée à M. Henri Barnabé. Durant cet honneur qu’on me faisait, je souhaitais de tout mon cœur, que le ciel s’ouvre et accueille à bras ouverts ces enfants martyres, victimes d’un crime commandé par un gouvernement indigne dans l’histoire du Québec.

L’auteur de ces lignes refermant la tombe des défunts. Ici, il est entouré de M. François Pelletier, vice-président du Comité des orphelins de Duplessis, de Kahentinetha Horn, activiste autochtone et mère Mohawks, Philippe Blouin, PhD de l’université McGill, ardent défenseur des droits des autochtones.

L’actuel gouvernement du Québec peut-il se rattraper ?

Pour se rattraper, le gouvernement du Québec devra donner plus que des excuses et des hommages ou encore des applaudissements. La réconciliation ne se fait pas avec le subterfuge politique.

Recommandations pour un gouvernement honorable :

  1. Faire reconnaître cette page d’histoire dans les manuels scolaires pour nos générations présentes et futures. L’histoire des orphelins de Duplessis est inconnue par notre jeunesse au Québec et encore moins ailleurs. Avec la mort du dernier survivant de ce drame, on risque de ne plus parler des orphelins de Duplessis. 
  1. Inclure dans le projet de loi no 64, loi instituant le Musée national de l’histoire du Québec, un volet dédié aux années sombres de ces victimes de Duplessis. Il ne faut pas avoir honte de montrer la vraie face de l’histoire d’un peuple, qu’elle soit assombrie, sinistre ou tragique. Dissimuler un tel drame est une autre tragédie.  
  1. Aller vers une vraie conciliation avec le reste des survivants. Ne pas les laisser partir ces citoyens dans le déchirement et la déception. Actuellement, ils ne sont pas nombreux pour être accueillis toutes et tous au salon Bleu de l’Assemblée nationale, signe d’une vraie reconnaissance et d’un pardon authentique. Un tel geste serait guérisseur et redonnerait, éventuellement, aux restes des victimes et leurs descendants un semblant de dignité. 
  1. Rouvrir le dossier de leur indemnisation et réindemniser aux montants de mérites toutes ces victimes de ce crime d’État.  

Agir avant le départ final

A l’instant de tracer ces lignes, je reçois un appel de M. Hervé Bertrand, il m’annonce la mort de deux autres orphelins de Duplessis, M. François Richer et M. Robert Dallaire. Ils étaient tous les deux au pensionnat du Mont-Providence. M. Hervé Bertrand cherche la présence de beaucoup de monde pour souhaiter à ses frères d’âmes un départ en paix vers l’éternel. 

Le départ et la fin imminente de ces survivants d’une sale histoire se poursuit dans l’insouciance totale de nos gouvernements. J’espère que ni Ruba, ni Hadj vont se lever seuls ou iront seuls enterrer le prochain orphelin institutionalisé de Duplessis surtout si celui-ci ou celle-ci a marqué l’histoire par son combat, ses œuvres, son courage et son dévouement à l’histoire, à la mémoire collective des orphelins institutionnalisés de Duplessis. 

Incontestablement, il revient au Premier Ministre du Québec d’abord de suffisamment s’instruire de l’évolution et de l’impact de cette courbe d’histoire sur la vie de ces victimes. Il pourrait aller agrandir le petit carré de terre mémorial des orphelins de Duplessis au cimetière de Laval ou celui de Saint-François d’Assise à Montréal et se recueillir honorablement, au nom de tout le Québec, à la mémoire des orphelins de Duplessis.

Hadj Zitouni

directeur général

Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits.

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Quand le profilage ethnique cogne à votre porte

Montréal, 14 mai 2025

Par Hadj Zitouni, directeur général 

Mouvement Action Justice

Organisme en défense des droits

« Il arrive un moment où la seule façon pour un Homme de garder sa dignité, c’est de casser la gueule à un flic. C’est notre dignité qu’ils veulent nous enlever ».

        John Steinbeck. Prix Nobel de littérature 1962. 

        Les raisins de la colère. P. 763.

Le 12 novembre 2024, un jeune Longueuillois jeta un sac poubelle dans le bac à ordures situé au fond de la cour arrière de la maison. En s’apprêtant à rentrer chez lui, il remarque la présence d’un policier qui ouvre et qui franchit la porte de la cour. Le policier le pointe du doigt. Empressé par le froid et intrigué par l’intrusion, le jeune court vite vers l’intérieur de la maison et se refuge dans sa chambre où il lève les stores et pousse le châssis de la fenêtre. Maintenant, les policiers sont rendus deux, celui qui l’a apostrophé par un regard intense se trouve à deux pas de l’entrée de la résidence, le second policier barre par sa corpulence la sortie de la cour. Un échange houleux s’amorce entre le jeune et le premier policier. Ce dernier lui ordonne de se rendre à l’extérieur. Le ton du policier monte d’un cran et les interrogations du jeune s’amplifient en amont.

À ce moment-là, le père du jeune, M. Kourdassi, un retraité sommeillant sur son canapé, se réveille brusquement, il chausse en mouvement précipité ses pantoufles à l’envers et se rend à l’extérieure pour voir ce qui se passe dans sa cour. Il tombe face à un policier irrité, qui regarde en direction de la fenêtre où la tête du jeune homme s’élevait. Le père affiche d’emblée un sourire forcé et introduit en même temps quelques mots de bienveillance. Le pauvre père tente de désescalader la tension. Toutefois, le policier ne lui prête guerre attention et il crie encore sur le jeune en continuant de lui ordonner de sortir de chez lui, sinon lui dit-il : « je monte t’arrêter ».

En cherchant à relever son autorité de chef de famille, le père hisse sa voix qui se perd dans le bruit confus des échanges. Il attend, espérant obtenir des explications à l’introduction surprenante et usurpatoire des policiers sur son terrain. Étant donné qu’aucune réaction ne lui parvient, le père commande fermement à son fils de se taire. Ce dernier baisse la voix sans s’abstenir entièrement, puis soudain, son visage s’éclipse de l’ouverture de la fenêtre suivi de l’extinction de sa voix.

En le perdant de vue, le policier affiche un niveau de stress plus élevé, mais une fois que le jeune réapparait à l’entrée, collé à son père, le visage du policier se décontracte relativement, hormis ses yeux furieux qui continuaient à exalter une hostilité sans borne, qui dévoraient le jeune sans le relâcher d’un clin d’œil. 

Maintenant, l’attention de M. Kourdassi vire en coup de vent sur le numéro de badge du policier, qu’il l’enregistre dans sa mémoire sans grand effort.   

Tout au long de l’entremise à vouloir engager un dialogue avec le policier, M. Kourdassi n’a eu droit à aucune réponse, aucun ménagement. L’attention du policier matricule 12156 du service de la police de l’agglomération de Longueuil demeure plutôt localisée exclusivement sur le fils. Puis sans préavis aucun, le policier avance d’un pas de loup et tente de coller la main au jeune. Ce dernier esquive la main tendue vers lui et s’est poussé derrière son père.

Rendu à bout de nerfs, le père enjoint le policier de quitter sa propriété et d’aller chercher un mandat de perquisition. Mais avant même d’achever ses mots, le matricule 12156 bond d’une force inouïe sur le père, il l’étrangle à l’aide de son avant-bras contre la porte béante.  La manœuvre du père à vouloir se défaire de la prise du policier n’a pas fonctionné sous le regard fugitif, froid et acéré qui s’est fait entre les deux hommes. Après quoi, le père entend des injures, reçoit des coups, ensuite un écran noir l’envahit.  

Sous le poids du corps qui s’affaissait au fur et à mesure de l’étouffement, le policier finit par lâcher prise. Le père s’effondre comme un bloc de ciment. On le menotte en toute hâte. Aussitôt, le matricule 12156 actionne son radiotéléphone et demande des renforts. Dans sa chute vers le bas, M. Kourdassi tente d’absorber de plus grandes quantités d’air. Il sent son cœur lâché. Le second policier vient prêter main forte à son collègue et fonce violemment sur le jeune homme. Il le fait tomber dans les marches de l’escalier menant au sous-sol. Le policier l’arrête sans que le jeune y fasse la moindre résistance. 

Dans une débandade totale, la mère du foyer, en état de choc, alerte les policiers que son mari est sujet à des problèmes de santé envenimés et qu’il risque à tout moment de perdre la vie. Cet appel reste lettre morte.  

Des renforts du service des policiers de l’agglomération de Longueuil arrivent sur les lieux. Le père demi conscient fut trainé jusqu’à la voiture patrouille. On le jette sur la banquette arrière, les deux policiers prennent place à l’avant. Au moment que le matricule 12156 entame à compléter une contravention, la voix du père leur parvient en cascade, gémissante. Il les supplie d’aller chercher sa Ventoline. Il soupire et ajoute qu’il n’arrive plus à respirer. 

« Crève-toi espèce de baveux » lui lance le matricule 12156. La voix secouée du père qui se perd lentement attire l’attention du matricule 11971. Celui-ci se tourne et prend connaissance de l’état physique alarmante du père : les yeux vitreux, clignotent lourdement en signe de détresse. Là! Le visage du père est presque éteint et une salive écumeuse se forme sur le bout de ses lèvres. Le matricule 11971 s’empresse à lui enlever les menottes, le remet sur le dos et laisse la portière du véhicule ouverte. Il appelle une ambulance et retourne rapidement au domicile pour récupérer la Ventoline et d’autres médicaments. 

L’ambulance arrive et quitte rapidement les lieux vers l’hôpital Pierre-Boucher de Longueuil sans escorte policière. Les agents du SPAL venus en renfort indûment, évacuèrent la place sans tarder avec des sourires qualificatifs, voire gênants. Le matricule 12156 laisse une contravention (No: 23 412 535). Il souligne l’infraction : « propriétaire d’un véhicule dont un feu de freinage arrière n’est pas constamment en bon état de fonction ». Il précise que la voiture est de couleur grise. 

Quelques semaines plus tard, le père écrivait dans sa plainte à la déontologie policière que sa voiture n’est pas de couleur grise et s’est demandé pourquoi les policiers n’ont pas arrêté son fils sur la route si celui-ci avait commis une infraction au code de la sécurité routière?  

La Commissaire à la déontologie policière déclenche une enquête. 

La plainte au nom du père-plaignant sous le numéro PLA 24-4170 s’inscrit à la déontologie policière. L’odeur du profilage ethnique est écœurante, elle prend le dessus du dossier. La Commissaire à la déontologie policière, Me Mélanie Hillinger rapplique la nouvelle directive de la loi 14, loi modifiant diverses dispositions relatives à la sécurité publique, M. Kourdassi est irrévocablement épargné du processus de la conciliation obligatoire. À ce stade, il n’est ni obligé à s’assoir avec le matricule 12156, ni à l’entendre et encore moins à être soustrait à signer un engagement de confidentialité préalable quasi obligatoire conformément à l’article 164 de loi sur la police : se taire et s’abstenir à révéler quoi que ce soit de ton calvaire. 

Mercredi, le 02 avril 2025, devant, Mme Isa Savoie-Gargiso, enquêteuse à la déontologie policière, le père revient avec beaucoup d’émotions sur l’évènement du 12 novembre 2024. Après avoir décrit comment il a été trainé et jeté dans le véhicule de la patrouille comme un sac d’ordures sous les yeux de sa famille et de ses voisins, il s’est attardé sur le croisement de regards qu’il a eu avec le matricule 12156 lors de son étranglement. Il souligne non pas qu’il était à deux doigts à perdre la vie, mais plutôt, il décrivit sa stupéfaction face à la haine bouillonnante qui inondait les yeux du matricule 12156. C’était le regard d’un tueur à sang froid disait-il à l’enquêtrice. Je me souviendrai toute ma vie de ce regard de rejet, de haine et de mépris. 

Le père affirme que s’il est encore en vie, c’était grâce au poids de son corps qui s’est écroulé lourdement, échappé vers le sol des mains du policier forçant la prise à se défaire autour de son cou. Autrement, le policier aurait continué sa pression mortelle comme d’autres policiers le font dans leurs interventions sous prétextes d’attendre l’arrivée des renforts.    

Le 15 avril 2025, l’enquêteuse assignée à ce dossier informe le père qu’elle va cesser de s’occuper de son dossier parce que deux de ses témoins refusent de participer à l’enquête. Ces témoins craignent d’être victimes de représailles. L’enquêteuse retourne le dossier au bureau du Commissaire. 

Dans ce processus d’enquête déontologique, une loi accorde aux policiers le choix de participer à l’enquête ou à décliner. L’enquête peut durer six mois. Connaître le résultat de cette enquête peut aller jusqu’à un an si ce n’est pas plus. Pendant tout ce temps les plaignants-victimes continueront à attendre, vainement. 

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Une commissaire visionnaire évincée de son poste

Mouvement_Action_Justice_Une commissaire visionnaire évincée de son poste

Me Mélanie Hillinger, ex Commissaire à la déontologie policière lors de l’une ses rencontres avec l’auteur de ces lignes.  Photo de MAJ.

Montréal, 05 mai 2025

Par Hadj Zitouni, 

Directeur général 

Mouvement Action Justice, organisme en défense des droits. 

Quand un haut fonctionnaire devient encombrant, on le mute à d’autres fonctions qui deviennent des paravents d’éloignement en douceur. En date du 19 mars 2025, le Conseil des ministres du gouvernement de François Legault a procédé à la mutation en mi-mandat de Me Mélanie Hillinger, Commissaire à la déontologie policière. Un mandat prévu pour une période de cinq ans et plus. Le hic, est que depuis 1990, date de la création du système de déontologie policière au Québec, aucun Commissaire n’a été muté ou évincé de son poste avant la fin de son mandat. Parmi les Commissaires, il l’y en a même eu certains qui ont fait deux mandats et même davantage. 

Entrée en fonction le 27 avril 2022, Me Mélanie Hillinger devient la première femme à occuper ce poste et étrangement, elle est aussi la seule à être démis de ses fonctions avant la fin de ce contrat. Dissimuler ce départ par une promotion séduisante ne change rien au fait qu’on se débarrasse de cette Grande Dame.  Tout le travail qu’elle a accomplie depuis sa nomination se reflète dans le malaise qu’on pouvait ressentir chez elle lors de nos rencontres. Un malaise face à l’impunité policière. Me Mélanie Hillinger croyait à une possible réforme profonde de ce système de la déontologie policière qui ne fait qu’accentuer le mal des citoyens-plaignants contre l’abus policier. 

C’est avec une volonté insoupçonnée à relever le défi qu’aucun autre Commissaire n’a réussi à soulever avant elle, que Me Mélanie Hillinger a brassé la cage du ministre de la sécurité publique en poste pour augmenter le budget de son organisme. Elle est la seule qui a renforcé le nombre d’enquêteuses et d’enquêteurs et à avoir déclenché un nombre record d’enquêtes, notamment quand les plaignants alléguaient des conduites discriminatoires susceptible de constituer un acte dérogatoire des policiers. Ces plaignants ne sont plus obligés de s’humilier dans le processus d’une conciliation forcée, autour d’une table-laboratoire de formation continue sur mesure pour compléter la formation des policiers fautifs. 

Nous avons assisté et nous avons constaté des changements draconiens depuis l’arrivée de cette Grande Dame à la déontologie policière. Le respect envers les citoyens-plaignants et les militants des droits est maintenant de mise.

Quelques exemples concrets:

  • Nous sommes le 25 février 2025. Nous accompagnons un plaignant convoqué à participer à une enquête déclenchée par la Commissaire à la déontologie policière. Avant de franchir le bureau de M. Marc Pigeon, enquêteur attaché à cet organisme, le plaignant se plaint d’un malaise terrible. Il se remémore un article à charge de M. Marc Pigeon, alors que celui-ci était journaliste au Journal de Montréal. L’article en question prenait la part des policiers et dénigrait un citoyen se plaignant d’actes dérogatoires de policiers. Nous soulevons l’interrogation à M. Marc Pigeon et celui-ci admet rapidement la possibilité du cas. Pour cette raison, nous demandons son retrait de l’enquête et nous insistons pour rencontrer son directeur M. Steve Desroches. 

Après une bonne quinzaine de minutes, M. Marc Pigeon revient nous voir accompagné de M. Pascal Gosselin qui se présente enquêteur désigné de facto par le directeur des enquêtes, M. Steve Desroches. 

Jusque-là, nous endossons le coup, mais quand cet enquêteur nous déclare qu’il est prêt à procéder, ça nous déstabilise. Notre nouvel enquêteur n’avait pas jugé nécessaire de s’instruire du dossier avant de débuter l’enquête. Face à cette situation, nous avons demandé de mettre fin à la rencontre. Notez que Pascal Gosselin est un ancien policier qui a travaillé au Service de Police de la Ville de Montréal, durant 27 ans avant de se convertir en enquêteur à la déontologie policière. 

De retour aux bureaux de Mouvement Action Justice, nous envoyons une plainte à la Commissaire : nous déplorons les enquêteurs désignés et nous reprochons le refus de M. Steve Desroches, directeur des enquêtes, de ne pas venir à notre rencontre. 

Sans tarder, le lendemain matin, 26 février 2025 à 11h06, nous recevons une réponse de Me Mélanie Hillinger. Ici nous vous citerons que quelques mots de cette correspondance révélatrice d’une personne qui prenait à cœur son travail, le respect envers les plaignants et sa tentative émouvante de vouloir redonner confiance aux citoyens :

« En suivi de votre correspondance, j’ai convié tôt ce matin, mon directeur des enquêtes M. Steve Desroches et les deux enquêteurs qui ont été impliqués dans la plainte…….  Un nouvel enquêteur sera assigné sous peu pour répondre à votre demande…il en va du succès de cette enquête et de la préservation de son intégrité si jamais le dossier devrait se rendre devant le tribunal administratif de déontologie policière. » Fin de citation

  • Le 25 septembre 2023, Mouvement Action Justice se déplace bénévolement de Montréal jusqu’à Sainte-Agathe-des-Monts dans la région des Laurentides, pour assister une plaignante autochtone des Premières Nations dans une rencontre de conciliation en déontologie policière. La conciliatrice, Madame Nancy Malo se montre dégradante et irrespectueuse envers nous. Devant une telle attitude, nous avons demandé de suspendre la séance de conciliation pour lui rappeler son manquement aux valeurs déontologique. Malgré tout, elle n’avait pas l’air de saisir sa saute d’humeur. 

Encore là, nous nous sommes référés à la Commissaire. Elle n’a pas tardé à nous répondre, Me Mélanie Hillinger :    

« Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier d’avoir porté́ cet évènement à ma connaissance. De plus, il m’apparait important de vous souligner que le Commissaire à la déontologie policière s’avère une organisation investie d’une grande mission. Pour la réaliser, il doit pouvoir compter sur la confiance de ses parties prenantes au processus déontologique….. ».

Nous vous partageons un dernier exemple de nos échanges et de nos rencontres avec Me Mélanie Hillinger, Commissaire à la déontologie policière évincée tristement de son poste en mandat. Elle nous écrit au mois d’octobre 2024: 

« En préparation de la mise en œuvre des changements législatifs suivant l’adoption du Projet de loi 14 et du nouveau mandat de prévention, la Commissaire à la déontologie policière, Me Hillinger aimerait vous convier à une rencontre en présentiel à notre bureau de Montréal afin de discuter avec vous de ces changements ». Fin de citation.

Bien entendu, nous avons répondu, favorablement à l’invitation de Me Mélanie Hillinger malgré que des militants de notre mouvement et d’autres s’y sont objectés. 

Rendus à ses bureaux, l’accueil nous a été sans surprise. Franchement, cette Grande Dame est digne d’une diplomate aguerrie, respectueuse avec une simplicité qui fait lacune à un grand nombre de nos hauts fonctionnaires. Souriante tout le long de la rencontre en nous laissant nous exprimer librement, sans jamais nous interrompre. Il suffit de la regarder dans les yeux pour comprendre son souci de nos préoccupations partagées.  Elle comprenait notre combat contre le processus perçu comme injuste et inhumain de la déontologie policière. 

Lors de cette rencontre, le Commissaire nouvellement assigné M. Michel Desgroseillers, accompagnait Me Mélanie Hellinger.  Celui-ci, à l’emploi de la déontologie policière depuis une dizaine d’années, nous a été présenté par Madame la Commissaire dès son arrivée à la rencontre, sinon, M. Michel Desgroseillers n’a pas prononcé un seul mot jusqu’à la toute fin de la discussion. Assidu au rôle qu’elle lui avait confié Me Mélanie Hillinger, celui de prendre des notes, il levait la tête rarement un regard ambigu et curieux comme celui qui cherche à ne rien rater de la conversation. Il revêtait le statut d’un fonctionnaire de la fonction publique, ni plus ni moins. Sans appel aucun, à coté de Me Mélanie Hillinger, ce type n’affichait malheureusement nullement l’étoffe d’un Commissaire à la déontologie policière. 

On pourrait croire que ce poste lui a été accordé parce qu’il est dans l’organisme depuis une décennie sans même apporter ou influencer un vent de changement. Nommé à cette fonction demande plus qu’un curriculum vitae ou une candidature d’opportunité. D’ailleurs, le poste n’a pas été réellement affiché pour de potentiels candidats, ce qui auraient pu masquer ce renvoie inattendu, imprévisible et maladroitement préparé pour la sortie de Me Mélanie Hillinger.      

Selon nous, Me Mélanie Hillinger était une règle de droit conforme et exemplaire aussi souvent qu’elle pouvait l’être. 

Soigner les relations avec les citoyens-plaignants et les militants en défense des droits démontre la volonté de cette Grande Dame à vouloir recoudre péniblement des attaches de confiance, hélas laissées secs depuis 35 ans.  

Maintenant, il reste à connaitre pourquoi on a relevé Me Mélanie Hillinger de ses fonctions alors que nous étions témoins de sa pleine ascension dans sa mission.  À notre humble avis, elle demeure temporairement irremplaçable pour ce poste en attendant une profonde réforme de la déontologie policière.

Merci pour votre présence et votre engagement !

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à toutes les personnes qui ont assisté à notre conférence sur la DPJ du 25 mars 2025. Votre présence et votre engagement témoignent de l’importance de ces discussions pour l’avenir de la protection de la jeunesse.

Un merci tout particulier aux étudiants de la faculté de Droit de l’Université de Montréal volet droit de la famille pour leur précieuse collaboration. Votre contribution a enrichi nos échanges et permis d’apporter un éclairage essentiel sur les enjeux juridiques liés à la DPJ.

Nous aimerions aussi entendre vos idées ! Si vous avez des suggestions de sujets à aborder lors de nos prochaines conférences, n’hésitez pas à nous les partager. Votre opinion est précieuse et nous aidera à organiser des événements qui répondent à vos préoccupations.

Ensemble, continuons à sensibiliser, à informer et à travailler vers des solutions pour le bien-être des enfants et des familles.

À très bientôt pour d’autres événements !