
Le choix d’avoir désormais un ministère de la Sécurité intérieure est loin d’être anodin.
Publié le 24 avril

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La première ministre Christine Fréchette et le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, lors de la cérémonie d’assermentation du Conseil des ministres du Québec, le 21 avril
« La sécurité est produite par la réparation des liens sociaux plutôt que par l’imposition d’une autorité. » – Howard Zehr
La nomination de Christine Fréchette à la tête du gouvernement du Québec marque un tournant politique important. En confiant à Ian Lafrenière, ministre de la Sécurité publique, le rôle de vice-premier ministre, Mme Christine Fréchette envoie toutefois un signal ambigu sur sa propre autorité politique. Ce choix soulève une question centrale : celle de la solidité du leadership et du capital charismatique nécessaires pour incarner pleinement la fonction de première ministre.
Il faut rappeler que Christine Fréchette devient la deuxième femme, après Pauline Marois (2012-2014), à occuper cette fonction dans l’histoire du Québec. Une avancée symbolique, certes, mais qui s’accompagne d’attentes élevées en matière de leadership politique, particulièrement dans un contexte où la personnalisation du pouvoir reste déterminante.
L’histoire politique offre pourtant des modèles contrastés. Margaret Thatcher, surnommée la « Dame de fer », a incarné un leadership affirmé, structuré autour d’une vision idéologique forte et d’une capacité à imposer son autorité au sein même de son gouvernement. Angela Merkel a privilégié un style plus discret, fondé sur la stabilité et la maîtrise des équilibres politiques. Dans les deux cas, leur autorité n’a jamais semblé dépendre d’un vice-chef de gouvernement jouant un rôle d’appoint ou de contrepoids politique.
Dans ce contexte, la place accordée à Ian Lafrenière interroge. Dans la foulée de sa nomination officielle comme vice-premier ministre, celui-ci a procédé à un changement symbolique en renommant son ministère de la Sécurité publique en ministère de la Sécurité intérieure. Cette modification, loin d’être anodine, traduit une volonté de repositionnement sémantique et politique, où le terme « public » disparaît au profit d’une logique plus centrée sur l’appareil étatique lui-même.
La première ministre a entériné cette décision dans le cadre du remaniement du 21 avril 2026, sans qu’un véritable débat public semble avoir été engagé sur sa portée. Ce type de transformation soulève une question de fond : jusqu’où les changements symboliques dans l’appareil gouvernemental reflètent-ils une vision politique cohérente, plutôt qu’un simple ajustement administratif ?
Historiquement, le ministère de la Sécurité publique s’inscrit dans la continuité des réformes institutionnelles amorcées dans les années 1980, lui-même héritier de l’ancien ministère du Solliciteur général du Québec. Cette évolution s’inscrivait alors dans la modernisation de l’État québécois issue de la Révolution tranquille, période charnière où les institutions publiques ont été profondément redéfinies.
Aujourd’hui, au-delà des changements de titres et des réorganisations ministérielles, c’est la question du leadership politique qui demeure centrale : un gouvernement se mesure-t-il à la solidité de son chef ou à l’équilibre des figures qui gravitent autour de lui ?
Le nom du ministère de la Sécurité publique du Québec, choisi sous Robert Bourassa, reflète une vision large de la sécurité. Il ne s’agit pas seulement de faire appliquer les lois, mais d’assurer la protection et le bien-être global de la population.
Ce texte fait partie de la section Opinion du journal Le Devoir, qui favorise une pluralité des voix et des idées en accueillant autant les analyses et commentaires de ses lecteurs que ceux de penseurs et experts d’ici et d’ailleurs. opinion@ledevoir.com. Courrier des idées.
Hadj Zitouni
Directeur général
———————————
Téléphone : 514-273-4302 / 514-524-3776
Télécopieur : 514-273-9059
