Le Collectif opposé à la brutalité policière, le COBP opère depuis presque 30 ans (1997). La ville de Montréal est son noyau et le point de départ de ses débuts. Tous les 15 mars de chaque année, ce mouvement invite la population de la province de Québec à se mettre en marche contre la brutalité policière. Son étincelle s’est allumée sur un trop plein de violences policières et jusqu’à date, elle refuse de s’éteindre.
Depuis son lancement, la manifestation contre la brutalité policière n’a ressenti aucun essoufflement dans ses rangs et elle n’a effectué aucun changement de cap non plus. Le Service de la Police de la Ville de Montréal, le SPVM, avec la complicité des médias traditionnels, a tout fait pour étouffer ce collectif, le noyer, le mettre à terre sans succès aucun. Incontestablement, les militants, les victimes et les témoins d’abus policiers qui cherchent à obtenir de vraies réformes ne sont pas prêts à abandonner ce combat.
Débordements de manifestants, violence, émeutes, vandalisme, affrontements avec les forces de l’ordre, vitrines de commerces en éclats, lancement de projectiles et j’en passe, les médias continuent à nous représenter la manifestation annuelle du 15 mars contre la brutalité policière d’une manière biaisée et stigmatisante. Ils vont jusqu’à la criminaliser. Malgré tout, elle demeure l’expression la plus noble et légitime d’un mécontentement populaire au Québec et ailleurs dans le monde. Depuis une vingtaine d’années, le nombre des perturbateurs qui se joignent à la manifestation dans les rues de Montréal, n’a jamais dépassé 2% des manifestants et encore, on peut se demander si ce 2% n’est pas mené par des vents hostiles à faire avorter l’évènement ?
Une chose est certaine, dans ce peu qui nous reste d’une démocratie mise à l’épreuve, la population est malheureusement induite en erreur, détournée vers un écran de fumée opaque qui tente de l’insensibiliser au drame de l’impunité policière qui s’accroît, jour après jour, pour atteindre un sommet alarmant.
Quand un policier interpelle une personne sous le seul prétexte de la couleur de sa peau ou ses allures culturelles, qu’elle soit noire, arabe ou latino, ou encore qu’il décide d’enlever la vie à un enfant ou à un adolescent qui ne présentait aucune menace, ni pour lui, ni pour les autres, et encore moins au flic qui l’a tué, je pense que nous avons un grave problème de société à régler.
À la veille de cet évènement annuel contre la brutalité policière, je demande aux médias qui s’attardent devant une vitrine en éclats qui fait probablement leur bonheur, ou devant une poubelle de rue mise à feu qui les enflamment en mots et en images : Parlez des vrais problèmes qui menacent la sécurité publique. Votre silence sur l’impunité policière au Québec doit vous faire honte. Allez interroger, par exemple, notre premier ministre sortant. Demandez-lui pourquoi il a nommé un ardent policier au poste de ministre de la Sécurité publique? À la rigueur d’une nomination partisane, il aurait pu faire de lui, un ministre de la Sécurité et de la Protection des policiers au Québec. Aucun souci avec ça, on va finir par l’avaler cette couleuvre.
La manifestation annuelle contre la brutalité policière est une contestation tout à fait légale, légitime, juste et nécessaire. Elle demeure debout, contestataire à travers les années, fidèle à son rendez-vous malgré les intempéries, la répression policière et les arrestations illégales de masses. Elle mérite fortement un hommage à ses sacrifices, à son courage, à sa détermination, au message qu’elle livre à la population : les réformes se font avec la solidarité et la prise de conscience de toute la population.
Le Mouvement Action Justice rend hommage au COBP, moteur vibrant de cette manifestation annuelle contre la brutalité policière, pour afficher sa prise de conscience, pour son action et d’avoir choisi la Ville de Longueuil comme point de rassemblement 2026 pour cette nouvelle marche annuelle contre la brutalité policière. Le lieu ramène en mémoire Nooran Rézayi, cet enfant qui nous a quittés sous les balles d’un policier indigne qui avait le doigt trop vite sur la gâchette.
Le lieu de rassemblement se tiendra devant le bureau des enquêtes, soi-disant, indépendantes de la Ville de Longueuil. Rattrapera-t-il le camouflet de la manifestation du 27 et 28 septembre 2025 à la mémoire de Nooran?
La Presse avait intitulé la première : Une marche silencieuse pour l’adolescent tué par un policier. Pour être silencieuse, ah oui, elle était même trop silencieuse. Lors de cette manifestation, quand l’enseignante de Nooran est venue nous voir dans sa robe de grand-mère pour nous dévoiler l’itinéraire de la marche, je lui ai demandé qui était derrière son plan? Elle balbutiait des mots écorchés par l’incertitude pendant que l’oncle de Nooran déchiré par la douleur la suppliait d’emprunter les grandes rues de la ville pour gonfler les rangs de la marche. Malheureusement, les dés étaient pipés d’avance; on a traîné les manifestants comme un troupeau à un terrain de soccer clôturé en acier, pas trop loin du lieu de la tragédie. C’était plutôt un cortège mortuaire exclut de toute dépouille en voie d’enterrer ce qui nous reste du droit de manifester.
Au premier rang, les dos contre la clôture, il y avait les parents de Nooran, sa sœur, son petit frère dans les bras de sa mère et un député de Québec Solidaire. Ce dernier faisait pitié dans l’impasse du décor. Tous dans un silence funèbre ont prononcé quelques mots partagés entre la douleur de la perte d’un être cher et un exercice de prendre la parole devant une foule malmenée.

Manifestation commémorative du décès du jeune Nooran Rezazyi mort sous les balles d’un policier de Longueuil.Longueuil, 28 septembre 2025
La seconde manifestation en mémoire de Nooran, celle du 28 septembre 2025, je l’ai intitulée, la manifestation du trottoir. Le Service de la Police de la Ville de Longueuil, dont le policier qui a tué l’enfant Nooran fait partie, a déployé un dispositif de grande envergure. Parmi ce dispositif, une escouade avec des boucliers descendue des autobus en tapant sur leurs boucliers. Un signal de guerre d’une intimidation spectaculaire alors que les manifestants étaient en majorité des jeunes et des parents avec leurs enfants qui venaient rendre hommage à Nooran. Tout le monde avait compris qu’eux aussi auraient pu perdre leur propre vie ou celle de leur(s) enfant (s) à la place de Nooran Rezayi.
C’est du jamais vu! On impose aux participants d’une manifestation d’un tel drame de se tenir, tout le long de la marche, sur les trottoirs. Quelle humiliation!
Et quand l’un des manifestants s’écartait du trottoir pour descendre sur la chaussée de la rue ou du boulevard, les anti-émeutes se précipitaient pour le pousser violemment avec leurs boucliers en le projetant pour qu’il rejoigne le trottoir à défaut de quoi, il se verrait en état d’arrestation.
Il n’y a rien à féliciter ici.
Remarque :
- J’invite le chef de la police de la Ville de Longueuil à relire les droits des manifestants dans une société dite démocratique.
Le meurtre de Nooran Rézayi mérite une voix, une marche beaucoup plus que sur un trottoir. Il s’agit d’une contestation légitime qui ne devrait pas être repoussée par une répression policière brutale.
- Le 15 mars prochain, j’invite la Ville de Montréal à ne pas interrompre la ligne jaune du métro qui mène à Longueuil afin de préserver le droit de chaque citoyen qui le souhaite à participer à la manifestation annuelle contre la brutalité policière.
- Il ne faut pas nourrir la brutalité policière par le manquement éthique d’un ou deux manifestants.
- Finalement, Bravo COBP. L’initiative du lieu de ce rassemblement est parfaite. La cible est bien choisie. Les cordes vont éventuellement bouger sans forcément émettre un son et attendre une nouvelle berceuse qui se prépare dans les jours, les mois, les années qui viennent.
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Par Hadj Zitouni
Président du Mouvement Action Justice.
Vendredi, le 13 mars 2026
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